Atlas Group est une fondation imaginaire, pensée par l'artiste Walid Raad, basée à Beyrouth et New York depuis 1999, dont l'objet est de produire, collecter, et archiver les documents concernant les guerres civiles libanaises de 1975 à 1991.
Dans un pays - le Liban -, dans un monde, qui ne parvient pas à écrire son Histoire et sa Communauté, ce projet est une réflexion - critique et distancée - sur la constitution du discours historique.
Walid Raad affirme la part fictionnelle de sa démarche en partant du postulat que la subjectivité affecte la capacité à faire la distinction entre ce qui est arrivé et ce qui a été imaginé. Il oppose ainsi la neutralité du système d'archives à une volonté d'objectivité. La plupart des documents proviennent des archives personnelles de l'historien libanais, le Docteur Fakhouri, où mémoire personnelle et mémoire collective sont mêlées. Au coeur de ce projet, se loge une déconstruction de la forme de l'authentique, afin de rendre visible le processus de l'interprétation historique.
Walid Raad réalise également des performances où il opère une nouvelle relecture de ces archives. Atlas est le nom donné aux représentations des faits géographiques ou astronomiques. Réaliser un atlas, c'est penser une cartographie du conflit avant qu'il ne s'efface. L'exposition est elle-même pensée comme un atlas ouvert qui nous amène à des interprétations.
Walid Raad est né en 1967 à Chbanieh au Liban.
Le Projet The Atlas Group a été crée en 1999 à Beyrouth afin d'étudier et documenter l'histoire contemporaine du Liban. Atlas Group localise, préserve, étudie et produit des documents audios, visuels et littéraires, qui permettent d'aborder cette histoire. Les documents sont conservés dans l'archive d'Atlas Group à Beyrouth et à New York.

Already been in a lake of fire. plate 63/64 - The Atlas Group/Walid Raad - 1999
photographie et documents d'archives, 112 x 203 cm
Cette photographie est un extrait d'un carnet de notes issu des archives du Docteur Fakhouri, répertoriant les voitures qui ont été utilisées comme voitures piégées entre 1975 et 1991. Chaque page du carnet comprend une image (associant marque, modèle, couleur) de la voiture qui a explosé, des textes en arabe détaillant lieu, périmètre de destruction, date, heure de l'explosion, poids et type d'explosif, nombre de blessés. Les images de voitures qui nous sont données à voir ne sont que des équivalences, car les voitures ayant réellement explosé ont été totalement détruites. La composition de ces images dans l'espace est encore une mise à distance du fait réel. Le Docteur Fakhouri a réalisé des « reconstitutions », alors que les informations collectées dans les médias sont elles-mêmes sujettes à interprétation.

Missing Lebanese Wars, Linguistic - The Atlas Group/Walid Raad - 1996
photographie et documents d'archives, 112 x 127 cm

Appendix XVIII: Plates - Walid Raad- The Atlas Group- - 2009
23 tirages encadrés à jet d'encre sur papier d'archivage,
"Les guerres libanaises des trente dernières années ont affecté les habitants du Liban physiquement et psychologiquement : plus de cent mille personnes ont été tuées, plus de deux cent mille blessées, plus d'un million déplacées, et un nombre encore plus important de personnes a été traumatisé psychologiquement. Bien entendu, ces guerres ont aussi affecté les villes libanaises, leurs bâtiments et leurs institutions. Il m'apparaît clairement aujourd'hui que ces guerres ont aussi affecté les couleurs, les lignes, les formes et les contours. Certains on été affectés de façon matérielle et, comme les livres brûlés ou les monuments rasés, ont été physiquement détruits et à jamais perdus. D'autres, comme les trésors pillés ou les oeuvres d'art politiquement compromises, restent physiquement intacts mais ne sont plus visibles, et ne le seront jamais peut-être jamais plus. Cependant, d'autres encore, sentant le danger venir, déploient des mesures défensives : ils se cachent, trouvent refuge, hibernent, se camouflent et/ou se dissimulent. Je m'attendais à ce qu'ils se cachent dans les oeuvres des artistes du passé. Je pensais que leurs tableaux, sculptures, films, photos et dessins seraient leurs hôtes les plus accueillants. J'avais tort. Les couleurs, les lignes, des formes et les contours ont en fait trouvé refuge dans des lieux inattendus : ils se sont cachés dans les lettres et les chiffres romains et arabes ; dans les cercles, les rectangles et les carrés; dans le jaune, le bleu et le vert. Ils se sont dissimulés dans les polices, les couvertures, les titres et les index; dans les courbes de graphiques et les notes de bas de page; il se sont camouflés dans les correspondances, les thèses et les catalogues, dans les diagrammes et les feuilles de calcul. Ils ont hibernés, non pas dans les "oeuvres" mais autour d'elles. Ce sont ces couleurs, lignes, formes et contours qui composent les planches présentées sur ce mur." p94 "Miraculous Beginnings"