Evariste Richer multiplie les étalons de mesure qui sont autant d'objets d'investigation potentiels pour le spectateur : des sondes d'avalanche, un mètre dessiné de mémoire, un mètre sans mesure, un niveau à bulle circulaire, le journal
... Météorologie, science, magie, minéralogie, photographie, optique sont autant de terrains d'investigation.
L'artiste fait apparaitre le sens par des déplacements, des changements d'états comme dans l'opération physique de la sublimation (passage d'un corps de l'état solide à gazeux). Dans
(2008), la trame d'un écran de projection agrandie à l'échelle1 englobe une pièce toute entière. Evariste Richer rend visible ses micros performations d'habitude cachées par la projection du film, soit l'infra mince et le fantomatique.
(2003), une balle de tennis retournée sur elle même pourrait être une allégorie de la sédimentation et de la concaténation. La concentration de sens et de geste produit l'oeuvre. Le va et vient constant entre l'échelle cosmique et l'infra-mince réconcilie le savoir et l'observation, les certitudes et la poésie de l'art. Un morceau de météorite peut devenir un dé à jouer (
2008), un dé à jouer tournant à très grande vitesse peut devenir une illustration du principe d'énergie (
, 2008). La cristallisation - définie par Stendhal comme des sentiments nés de l'imagination qui se fixent sur un objet pour le transfigurer - sous tend le travail de Richer.
Evariste Richer est né en 1969 à Montpellier.
Il vit et travaille à Paris.

Cumulonimbus capillatus incus - Evariste Richer - 2008
8000 dés à jouer - 42,7x42,7cm
Cumulocumulonimbus capillatus incus fonctionne sur le mode de la mise en abîme : un cube composé de 8000 dés à jouer. L'oeuvre joue avec le hasard, à chaque exposition le montage produit une combinaison visuelle renouvelée. Robert Filliou dira qu'
Eins. Un. One... (16000 dés répandus au sol, 1984) « peut se concrétiser, se concrétise et se concrétisera sans limite dans les formes et les combinaisons de formes les plus erses ».
La sculpture de Richer fonctionne comme une image encodée et pixélisée de l'inidu selon différentes strates de significations : le poids de l'oeuvre correspond au poids moyen d'un homme adulte (76kg) ; les couleurs des dés rappellent celles utilisées dans les schémas représentant de manière codifiée l'Adn humain ; chaque choix que l'homme doit formuler pourrait être pensé comme un coup de dé.
Le titre de la sculpture fait référence à un nuage qui provoque des chutes de grêle et des orages très destructeurs. La sculpture est aussi fragile et menaçante que ce phénomène météo, la dislocation et l'explosion menacent. Dans son travail l'artiste associe dés, grêlons, météorite.
Différents niveaux de sens (l'homme, le climat, le jeu) sont cristallisés dans cette oeuvre selon la logique de la concaténation formant un tout. L'artiste associe inidu et atmosphère, le microcosme et le macrocosme, dans une parenté d'esprit avec le sociologue Edgar Morin qui développe la notion de complexité (au sens étymologique « ce qui est tissé ensemble »), comme un enchevêtrement d'entrelacements.