Bruno Serralongue intègre dans son travail de photographe les procédures de production/diffusion de l'information par l'image. S'il se déplace sur des évènements comme des animations régionales («
» 1996), c'est sur un autre rythme que celui du photojournaliste de presse. Ne possédant pas d'accréditation spécifique et utilisant une chambre photographique nécessitant un long temps de pose, son regard est de fait décalé.
L'artiste s'interroge sur la question de la commande et des « modes de travail » ; il les intègre comme des moyens de produire des images en mettant à distance le sujet et la signature stylistique personnelle.
(1993-1995), le photographe travaille à partir d'informations allusives extraites de la rubrique des faits ers du journal «
; Serralongue se rend sur les lieux deux jours après l'évènement. Les images, comme vidées, créent un espace de représentation qui n'existait pas auparavant. Au constat d'une crise de la représentation et d'une scénarisation du réel par l'image de presse, « le document est une réponse au monde des images sur le terrain même des images, l'unique moyen peut être de s'opposer au règne sans partage du spectacle » selon Michel Poivert (dans son analyse du style documentaire, dans «
2002) ; « le photographe et le spectateur sont réconciliés, dans l'adoption du point de vue de l'homme ordinaire ».
Bruno Serralongue est né en 1968 à Chatellerault.
Il vit et travaille à Paris.
, Actes Sud/Altadis. Textes de Paul Ardenne et de Nicolas Bourriaud
Catalogue d'exposition du Centre Georges Pompidou. 2007

Mr Joe Shirley Jr, président de la nation Navajo - Bruno Serralongue - 2008
Tirage lifochrome
Le portrait à mi-corps de Joe Shirley présente un homme d'une grande prestance, portant sur lui quelques détails faisant signe vers la culture ancestrale des Indiens d'Amérique. Dans cette photographie pauvre en informations, l'écran de projection à l'arrière plan fonctionne comme un indice de l'évènement : Bruno Serralongue s'est rendu à la seconde phase du Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI, Tunis, novembre 2005). Ce portrait fait écho à un autre cliché dans la même série (« Les peuples autochtones revendiquent leur droit à intégrer la Société de l'Information, salle de conférence de presse, Media Centre, Kram Palexpo, Tunis, 18.11.2005
») où Joe Shirley n'est plus qu'une silhouette parmi les conférenciers, alors qu'ici il occupe tout le cadre.
Le sentiment étrange que le modèle est en train de poser pour des photographes de presse - et non pour un artiste dans le cadre d'un portrait - révèle la mise en scène autour de l'évènement selon « l'ordre du discours » (Michel Foucault).
De plus, le format tableau introduit une autre lecture que la photographie de presse. L'artiste questionne la notion de point de vue et d'espace : « Quelle distance adopter face à un événement ? [...] Pour ma part, avec l'utilisation de cet outil différent qu'est la chambre photographique, il y a nécessairement une plus grande distance. [...] Dans la photographie documentaire, il y a cette idée de régler la distance, qui fait qu'on voit ni trop, ni trop peu. Il faut trouver une distance où la personne ou l'événement photographié « parle » ».