Guillaume Leblon est sculpteur, il façonne et travaille les formes. Ses oeuvres empruntent au vocabulaire sculptural, tout en le questionnant : la matière dans l'utilisation du chrysocale (alliage de cuivre d'étain et de zinc), les flux dans les motifs (eau, éclairs, fumée), l'espace à travers les notions de paysage et d'apesanteur. Alors qu'il est supposé participer à une exposition de sculpture (Sonsbeek aux Pays Bas), il propose un geste, « Temps libre » (2001), soit un saut du plus haut immeuble de la ville d'Arnhem avec ses trois étages.
Ses oeuvres fonctionnent comme des indices - de forme, de référence ou d'émotion - créant une atmosphère très particulière à son travail.. Cette notion d'environnement se retrouve dans l'intérêt de l'artiste pour le modernisme, qu'il définit dans un entretien comme « un art total qui englobe un vrai moment ». La perception de l'espace par le spectateur est souvent précaire et ambigüe, du fait d'altérations subtiles mais décisives.
Son travail peut être lu selon la logique des ruines, développée par Marc Augé dans « Le temps en ruines »(2003). « Ce qui nous retient dans la vue des ruines, c'est leur aptitude à faire sentir le temps " pur ", [c'est la vocation pédagogique des ruines] sans résumer l'histoire ni l'achever dans l'illusion du savoir ou de la beauté, et à prendre ainsi la forme d'une oeuvre d'art ».
Guillaume Leblon est né en 1971 à Lille.
Il vit et travaille à Paris.
- Klaus Speidel, « Guillaume Leblon. Le neutre actif », Art 21, numéro 16, 2008.
- Guillaume Leblon, „Kunstverein für die Rheinlande und Westfale« n, Düsseldorf, 2006.

Puits - Guillaume Leblon - 2008
Terre crue, 34 cm de haut, 105 cm de diamètre.
Puits est un anneau constitué d'éléments de terre crue, réalisés à l'échelle des mains du sculpteur. Guillaume Leblon se réapproprie la tactilité de l'argile, matériau privilégié de la sculpture, que l'on retrouve également dans « Raum » (mur en moellons, 2006), dans « National monument » (cube de terre suintant, 2006), et dans « Notes » (vidéo dans laquelle de la terre glaise est déversée dans l'atelier de l'artiste, 2007).
L'oeuvre peut suggérer un univers domestique révolu, à l'image des 700 puits de Mohenjo-daro, florissante ville de la civilisation de l'Indus au IIème millénaire av JC (Pakistan, cf. Lien) . La forme des briques avec un côté plus étroit correspondant au diamètre interne du puits, a été inventée sur ce site. Chez Guillaume Leblon, cette forme devient une réminiscence ; comme l'a développé Aby Warburg, les formes survivent et réapparaissent à travers les siècles et les lieux.
L'oeuvre fait signe vers l'idée de puits dont elle mime la forme, tout en interrogeant la valeur d'usage cet objet par son caractère non fonctionnel : l'esquisse en terre crue ne résisterait pas à l'eau ; le trou abyssal est remplacé par un espace délimité avec les briques, auquel le spectateur peut se mesurer. Peut être le puits est-il la métaphore d'une ouverture de l'atelier vers le monde ? L'artiste introduit, dans la sculpture, le sentiment de fragilité : entre équilibre instable et effondrement menaçant.