De la sérigraphie à la sculpture, de la peinture à l'installation, Stéphane Calais multiplie les figures de style, sous-tendues par la ligne de son dessin, le tout dans un univers suave, ludique, parfois inquiétant. Tous les médiums utilisés par l'artiste, réunis par l'énergie du dessin, peuvent être considérés comme des extensions de la feuille de papier.
La série de « sculptures collage » intitulé « Ornement, crime et délice » illustre bien son intérêt pour la densité et l'hétérogénéité des styles et des matières : il s'agit de filets suspendus au plafond supportant ballons de basket, plantes vertes, plumes etc. Le décoratif n'est pas accessoire, mais constitue une dynamique - de réseau - interne aux oeuvres. Le collage est « une certaine façon de sédimenter le réel » selon l'artiste, de croiser les temporalités, toujours sur le mode de l'hétéroclite.
Cependant, une certaine violence est présente en filigrane ; comme tous les contes, son travail contient un double niveau de lecture. Par exemple, Calais est fasciné par l'oeuvre et le destin tragique de Bruno Schultz, écrivain et dessinateur juif polonais, qui « fait partie des dessinateurs de fantasme, cette grande lignée qui forge réellement un univers global » (voir l'installation «
» 2007-2008). Cette "allégresse furieuse [est] un peu amère (au sens culinaire)" selon Pierre Staudenmeyer.
Stéphane Calais est né en 1967. Il vit et travaille à Paris.

Le grand Masque aux fleurs - Stéphane Calais - 2008
Acrylique et encre sur toile, 80x100x8cm (photo F. Doury)
Stéphane Calais cite la peinture de genre dans ce qu'elle a de plus mineur,
Le grand masque aux fleurs est un peu un paysage, un peu une nature morte. L'oeuvre semble nous faire un clin d'oeil ; un masque émerge du bloc central comme dans l'imaginaire baroque où les nuages et les roches cachent des visages. Dans l'ensemble de ses peintures sur toile, l'artiste, grand coloriste, met en scène des
feux d'artifice de couleur toujours très exubérants, en contraste avec certaines de ses oeuvres en noir et blanc plus austères. « Les peintures sur toile, acrylique et encre, tendent toutes et toujours à la concrétion. La précipitation d'éléments forme bloc naturellement. Les niveaux sont apparents : le fond dégradé, lissé, puis le geste marqué des couleurs et enfin, le ou les traits à l'encre noire gelant le geste pictural. Ces trois opérations visent à distancier l'opération « peinture », pourtant les sujets les plus simples, triviaux ou / et idiots m'y replongent. J'ai souvent cette intuition que : 'Le Délice est-il donc un tel Précipice, / Que je doive poser mon pied comme il sied / De peur d'abîmer mon soulier? (...)' (Emily Dickinson, cahier 18, 1862) », Stéphane Calais, texte de l'exposition « Le style », 2007, galerie Jocelyn Wolff, Paris.

L'herbier (petit trianon) - Stéphane Calais - 2007
Sérigraphie sur PVC
« L'herbier (petit Trianon) » se compose de quatre dessins « réalistes » de végétaux, sérigraphiés sur PVC transparent. Basée sur une pratique du dessin comme étude, cette oeuvre fait écho aux nombreux carnets de croquis de l'artiste, mais aussi à la série de « Magnolia » (dessins dont le trait est traduit en sculpture par un fil de métal peint, 2008).
« Le sujet est une sorte de minimum culturel (le végétal). L'herbier tend à ce minimum là » selon Stéphane Calais. Cette oeuvre s'inscrit dans la tradition de la peinture de la nature morte, oscillant entre prouesse technique et vanité. La métaphore du végétal comme réseau et comme ornement est récurrente dans son oeuvre : typographie arborescente, peinture murale (« Le haricot magique du petit Jack », Caisse des dépôts et des consignations de Paris, 1997), sculpture de jardin (exposition « Garden are for people ! (& art for us!) », Abbaye de Maubuisson, 2005).
Miroitement de la surface comme un glacis, légèreté de l'accrochage par des pinces, frémissement au moindre souffle, fragilité du sujet, contribuent à évoquer un esprit rococo. On peut tout à fait imaginer que « L'Herbier » aurait pu prendre place dans le Petit Trianon, (Ange Jacques Gabriel, jardin de Versailles, 1773), comme un point d'équilibre entre sobriété et richesse de l'ornement. Dans un entretien, l'artiste a parlé du fonctionnement de cette oeuvre comme celui d'un château de cartes, où tout est apparent et transparent : le tour est évident. Cependant, la superposition en un « bloc sédimentaire » des différentes feuilles fait naitre (par surprise) les images ; ces images légèrement brouillées ne peuvent pas se révéler de manière immédiate et limpide.