La ville, le paysage et l'espace d'exposition sont les terrains de jeu privilégiés de Katinka Bock. Ses installations, sculptures, films, ou photographies interrogent les espaces de représentation et d'action, dans leur application quotidienne et politique, par le prisme de l'esthétique et de la poésie.
Katinka Bock produit des altérations dans les territoires. Dans le « Sol d'incertitude » (2006) l'artiste prélève (des pavés parisiens), cite (une histoire de la mobilité), modifie (enrobage d'une matière bitumeuse). Ces actions fonctionnent tels de petits rituels : Das Konservat (2003) une palissade de bois de 3m de haut qui clôture 2500m2 d'herbe, agit comme une découpe du paysage, que l'on peut rapprocher des temenos (dans la Grèce antique, espace sacré en plein air dédié à un dieu).
Alors que les objets de Katinka Bock sont formellement muets, ils nous racontent des histoires. Pour l'exposition Kanon (La Synagogue de Delme, 2008), un drame des matériaux se jouait, les sculptures étant devenues comme des natures mortes, avec une monumentalité fragile. Dans « Lecture quotidienne » (exposition « Playtime », cf. liens), 18 dessins devaient être interprétés comme des partitions : déplacement de planches blanches, et lecture d'« Espèces d'espaces » de Georges Perec.
Katinka Bock est née en 1976 à Francfort, Allemagne.
Elle vit et travaille à Paris et Berlin.
Bibliographie : « Katinka Bock ». Edition de l'école nationale supérieure des Beaux arts de Lyon, 2007. Texte de Marie-Cécile Burnichon.

Couler un tas de pierre - Katinka Bock - 2007
Film Super 8 transposé en vidéo, 2 minutes et 45 secondes
« Je mettrai deux lourdes pierres dans les poches de ma veste ; ainsi mon corps collera au fond comme un pneu dégonflé de camion, personne n'y verra rien », cet extrait de "Quai ouest" de Koltès pourrait faire écho à l'histoire que Katinka Bock nous conte : le naufrage d'une barque remplie de pierres. Le grain de l'image et le cadrage évoquent un temps lointain, peut être vers les origines du cinéma et les prises de vue des Frères Lumière. Le regard de l'opérateur crée un paysage indéterminé dans l'espace et dans le temps.
Rencontre de la densité et du liquide : l'effet produit est étrange et paradoxal car les pierres flottent, niant momentanément le principe de pesanteur. Il s'agit aussi d'une étude esthétique du liquide et du minéral, une confrontation du fluide et du rugueux, un mélange de l'onde et de la forme.
L'artiste documente le flux de la rivière par l'immobilité des pierres, à travers des plans fixes. Ici, c'est le monde qui bouge, alors que Guillaume Leblon (avec lequel l'artiste a travaillé) dans « April street » (travelling dans une ville inondée, 2002) documente l'immobilité des berges en plaçant la caméra dans l'embarcation. Dans « Hysteros » (un parallélépipède noir dans l'espace d'exposition est relié à un arbre qui flotte dans un fleuve, mû par le courant, 2007), l'artiste crée une chaine de cause conséquence entre le paysage, et l'exposition.

First Piano - Katinka Bock - 2008
Terre cuite, 55 x 75 x 75 cm
First Piano a été présentée pour la première fois lors de l'exposition collective « Bock, Filliou, Leblon, Tuerlinkx » à la galerie Jocelyn Wolff en 2008. Katinka Bock a cherché à aller à l'encontre des règles d'utilisation de la terre cuite : il s'agit de contraindre le matériau à l'extrême et de passer des plaques à un volume cubique qui fait masse, volume que l'on retrouve dans de nombreuses productions de l'artiste. Les strates cumulées renvoient à l'essence de ce matériau, la terre, comme des strates géologiques. Six couches de terre crue se superposent à même le sol et laissent apparaître un volume fantôme, forme créée par une absence paradoxale. Les quatre rectangles et les deux carrés correspondent aux mesures de l'Aron qui a été recouvert et neutralisé au fil des expositions. L'Aron désigne l'autel, dans lequel sont déposées les tables de la Loi. En tant que tel, il constituait le lieu le plus sacré de la synagogue. Ce volume rendu invisible est déplacé, et l'oeuvre en séchant se fissure petit à petit, elle aussi contrainte à un lent processus de transformation, puis de disparition. Cette oeuvre a été exposée à la Synagogue de Delme et comme beaucoup de pièces de Katinka, elle fait directement référence au lieu où elle a été montrée pour la première fois. Les dimensions de l'oeuvre ne seront jamais tout à fait les mêmes en fonction de l'espace de monstration et seront déterminée par un protocole spécifique rédigé par l'artiste. Ce type d'oeuvre est donc à produire à chaque fois qu'elle doit être montrée car elle ne peut être déplacée, l'utilisation de la terre crue posant la question de sa temporalité éphémère.