Les films de Lars Laumann reprennent les codes du documentaire, mais les sujets abordés se situent à la limite de la fiction. Ce procédé de fiction documentaire rappelle certaines pratiques d'artistes de la collection Kadist comme Omer Fast, Joachim Koester, John Menick, Akram Zaatari, Arthur Zmijewski. En 2007, Matthew Higgs présentait à la galerie White Columns (New York), le premier film de Laumann : « Morrissey Foretelling the Death of Diana » où l'artiste démontre que l'album des Smiths « Queen is Dead » produit en 1986 annonce la mort de la princesse Diana, décédée en 1997 à Paris. Illustré par un montage d'extraits de film, le discours du narrateur établit des parallèles surprenants entre les paroles appartenant à la culture populaire et les évènements survenus des années plus tard. L'analyse de Lars Laumann, en prenant comme point de départ la figure iconique de Diana, développe la « théorie du complot » en démontrant l'implication extraterrestre dans ces évènements - proposant une vision d'un monde entièrement contrôlé. C'est à la Biennale de Berlin de 2008 que Lars Laumann a présenté son troisième film 'BerlinMuren', qui lui valut beaucoup d'attention du public et de la presse. Lors de la Biennale, l'artiste invita, en tant que commissaire d'exposition, l'artiste norvégien Puschwagner.
Lars Laumann est né en 1975 à Brønnøysund, Norvège.

Berlinmuren - Lars Laumann - 2008
Vidéo, 23 min 56
Eija Riita est née en 1954 à Liden, en Suède ; elle est « objectum-sexual ». Depuis le 17 juin 1979, elle s'appelle Eija Riita Berliner - Mauer puisqu'elle porte le nom de son mari : le mur de Berlin. L'animisme affirme que tous les éléments de la nature sont vivants et ont une âme, « l'objectum-sexuality » se situe dans le prolongement de cette croyance. Le blog d'Eija explique parfaitement sa situation et son attirance pour les constructions rectangulaires aux lignes parallèles comme les ponts, les palissades ou le mur de Berlin. Une partie de sa maison est aujourd'hui le « Musée des maquettes et des guillotines » dont elle est également passionnée.
Plus qu'un documentaire sur cette femme, Lars Laumann filme la rencontre entre deux amoureuses du même objet : le mur de Berlin. Cependant, la première s'est mariée avec le mur avant la guerre et s'accroche aujourd'hui au souvenir de ce qu'il a été, tandis que la deuxième est amoureuse du mur de Berlin après sa destruction. Le plus surprenant est que ces deux femmes ne considèrent pas le mur comme le symbole d'une histoire politique - celle d'un conflit, du communisme, de la ision d'un pays, de l'oppression - mais plus comme un objet indépendant de l'histoire que l'on projette sur lui. La première l'aime pour ses lignes, pour sa solidité, sa massivité, et l'autre pour ses couleurs, sa fragmentation, sa fragilité. En présentant ce film dans un contexte artistique, Lars Laumann propose un parallèle étonnant entre « l'objectum-sexuality« et l'art. Regarder une oeuvre pour ses aspects formels, la nécessité de la posséder ou de la montrer peut sembler proche de la passion de ces femmes pour les objets. Contempler une oeuvre indépendamment de la démarche de l'artiste nous renvoie au discours d'Eija qui considère le mur de Berlin comme un être libre, entièrement dénué des responsabilités dont on l'accuse. C'est pour cette raison que la destruction du mur fut perçue par Eija, comme un acte de barbarie, sur une personne innocente.