Chacun des projets de Melvin Moti est empreint d'une rigueur, aux limites de l'abstraction. L'artiste recherche toujours des images d'une simplicité évitant le spectaculaire. Il interroge la manière dont le sujet crée ses propres images mentales, en dehors des images qui lui sont généralement offertes au cinéma, dans les magazines ou dans l'espace urbain. Dans le film « No Show » (2004), un narrateur raconte une visite guidée, totalement insolite, dans le Musée de l'Ermitage, en 1941, au moment où la collection avait été évacuée et où seuls les cadres vides étaient restés accrochés aux murs. Ces visites guidées de soldats dans un musée vidé de ses oeuvres nous plongent dans un monde quasiment fantastique. Dans « The Prisoner's Cinema » (2008), c'est aussi le sujet qui produit ses propres images, provenant de ses hallucinations liées à l'absence de stimulations extérieures.
Melvin Moti est né en 1977 à Rotterdam, Pays-Bas, où il vit et travaille.

The Prisoner's Cinema - Melvin Moti - 2008
film 35mm, 22 minutes
« The Prisoner's Cinema » est un phénomène, décrit en neurologie comme une hallucination, et qui apparait après une absence prolongée d'affect visuel. Un écran aveugle sur lequel apparait des hallucinations se forme sur les yeux coupés de toute sollicitation visuelle. Le sujet peut voir cette projection, cependant l'impossibilité d'enregistrer ces images mentales transforme ce phénomène en une expérience intime et personnelle. En 1954, un scientifique a étudié ce syndrome sur des prisonniers enfermés dans des cellules obscures. C'est un phénomène qui est également sensible chez des conducteurs de camion pris dans une tempête de neige. Melvin Moti s'intéresse à la relation entre hallucination et formalisme. Des formes constantes et des formes géométriques apparaissent de manière récurrente. Une forme constante est une forme dont l'interprétation n'est pas basée sur une contingence culturelle, mais qui apparaît à différentes époques et dans différentes cultures ; des formes sans histoire et sans futur. « The Prisoner's Cinema » est composé d'images abstraites, des rayons de lumière traversant un vitrail, et des explications d'un scientifique décrivant sa vision après avoir subi une privation sensorielle pendant plusieurs jours. Il est ici question des origines du cinéma, de la création d'une image, du pouvoir imageant du sujet, de l'inconscient, de l'histoire de l'abstraction et du formalisme.