Elizabeth McAlpine se décrit elle-même comme une "géologiste fanatique" qui explore les différentes strates du film cinématographique. Dans ses travaux, elle utilise ers types de supports filmiques, notamment des extraits de longs métrages ou de pellicule trouvée. Elle recycle ces matériaux, repérant des phénomènes de répétitions, et leur donne de nouvelles interprétations, utilisant parfois des structures liées à d'autres formes d'expression artistique.
Le travail d'Elizabeth McAlpine se situe dans la lignée de Candice Breitz et de Christian Marclay, mais avec des préoccupations autres : elle se concentre sur les manières dont nous traitons et absorbons le film, et transforme des extraits en images assez picturales. Elle examine la manière dont le cinéma agit sur l'esprit en rendant le subliminal liminal. Ses films traitent des notions de temps (réel et filmique), de montage, de continuité et de rupture. L'oeuvre d'Elizabeth McAlpine reflète notre monde médiatisé et examine la manière dont nos constructions culturelles sont basées sur des répétitions et des similitudes.
Elizabeth McAlpine est née en 1973 à Londres, où elle vit et travaille.

98 m (the Height of the Campanile, San Marco, Venice, in Super 8mm Film) - Elizabeth McAlpine - 2005
Film Super 8, 20 min, projecteur, boucleur, 145 x 21,4 x 73,3 cm
Le travail d'Elizabeth McAlpine est souvent lié à la question du temps et à l'expérience du regard. Dans « The Height of the Campanile », l'artiste a calculé la durée de son film en fonction de la hauteur de son sujet, le Campanile, de sorte qu'au final la longueur de la pellicule soit équivalente à celle de la tour. De même, le temps nécessaire pour visionner le film et le rythme du travelling effectué par la caméra correspondent. Ainsi, tandis que nombre des oeuvres de McAlpine sont basées sur le montage, la répétition et la fragmentation, « 98m » se présente comme un simple plan-séquence.
L'image, au grain apparent, est projetée au mur à la taille d'une carte postale, pendant que le film forme une boucle au sein d'une structure en verre pensée par l'artiste. La taille de la projection rappelle que Venise est devenue une destination touristique incontournable. L'utilisation du Super 8 est une évocation de la pratique amateur - précédant l'invention de la vidéo, du touriste fixant le souvenir de ses vacances pour le projeter une fois rentré à la maison. Si ce support procure à l'oeuvre un caractère daté, la boucle continue et hypnotique formée par la pellicule suggère au contraire une certaine intemporalité, semblable à celle que peut ressentir le touriste qui découvre San Marco.