Collectionneuse, Barbara Bloom mêle détails autobiographiques, récits fictionnels, citations littéraires, et procède par agencements d'images et d'objets, tout en laissant transparaître le fétichisme qui la lie aux éléments de ses installations.
Ainsi, la série des « Broken Objects » (2001) présente des objets en porcelaine couleur céladon brisés par l'artiste puis « réparés » avec de l'or, suivant une ancienne technique japonaise. La cassure révélée assume la fragilité et l'imperfection de l'objet et, comme une cicatrice précieuse, elle raconte son histoire. L'artiste s'est comparée à un détective qui lirait du sens dans les détails.
Barbara Bloom appartient à la génération des artistes post-modernes (Cindy Shermann, Barbara Kruger, Richard Prince) qui analysent la culture visuelle et en exposent les idéologies sous-jacentes. Bien que sa pratique soit conceptuelle, elle est définitivement basée sur des objets qu'elle affectionne ou qui l'intriguent et qu'elle met en scène. Ses arrangements décoratifs directement référence à la muséographie et à l'histoire du musée (utilisation de vitrines et de wall text en accompagnement, éclairage, etc) et à la manière dont le regard s'opère dans ce cadre.
Son intérêt pour la question de la perception est non seulement lié au visible et à ses limites, mais également à la représentation, et en particulier à la place des femmes dans l'histoire, ce qui explique qu'elle joue avec la sentimentalité, la féminité et l'élégance de certains objets.
Barbara Bloom a été le professeur de Jason Dodge avec qui elle partage un sens de la métonymie : l'anecdote à dimension universelle, l'objet comme trace, la mémoire et la vanité.
Elle a étudié au Bennington College, ainsi qu'au California Institute of the Arts en compagnie de John Baldessari et de Robert Irwin. Elle a vécu et travaillé plusieurs années à Amsterdam et à Berlin.
Les oeuvres de l'artiste ont été exposées notamment au Museum of Modern Art de New York, au Museum of Contemporary de Los Angeles, au MAK à Vienne, au Parrish Art Museum à Southampton, New York et dans de nombreuses autres institutions du monde entier.
Barbara Bloom est née en 1951 à Los Angeles. Elle vit et travaille à New York.

The Bedroom - Barbara Bloom - 1997
Installation, tapis de laine, deux tirages encadrés
Dans les années 1980, en parcourant un marché aux puces parisien, Barbara Bloom tombe sur une aquarelle anonyme (datant d'environ 1960), une étude vraisemblablement réalisée par un décorateur d'intérieur pour l'aménagement d'une chambre à coucher. L'artiste voit dans ce décor quelque chose qu'elle estime de typiquement parisien.
L'aquarelle est encadrée avec un passe-partout en carton. En soulevant celui-ci, Bloom découvre tous les essais de couleur et de touche dans les marges du dessin. Ces détails qui ne sont pas sensés être visibles, retiennent son attention.
L'installation « The Bedroom » prend cette étude comme point de départ. Barbara Bloom transpose en quelques sortes cette chambre fictive — on ne saura jamais si le décor fut réalisé — en installation tridimensionnelle. L'oeuvre présente plusieurs éléments liés à la perception de cette image : une reproduction de cette étude, la reproduction d'une autre aquarelle qui figure dans le décor, et un tapis reprenant le sol de la chambre dépeinte (détail du tapis sous le lit, ombre de la chaise) et l'étendant aux touches de peinture présentes sur les bords de l'étude. Les deux reproductions sont accrochées au mur, peint en jaune clair pour reprendre la couleur des murs dans l'étude. Au sol, le tapis finalise l'aspect domestique de l'installation tout en devenant lui-même un tableau expressionniste quasi-abstrait.
L'installation joue une réflexion picturale en mêlant les différents plans : avec l'effet de perspective reporté sur le tapis, les essais d'aquarelle prennent autant d'importance que les éléments « réels » et deviennent comme un motif décoratif.