Wilfredo Prieto
Wilfredo Prieto
artiste : Paris, septembre 2005 - septembre 2006
Extraits de l'entretien entre Wilfredo Prieto et Direlia Lazo (La Havane, février 2006)
D.Lazo : Plusieurs de tes oeuvres sont basées sur la recontextualisation d'objets: des ventilateurs, des verres en plastiques, des pièces de monnaies, une grue, etc. Par une légère intervention, tu génères un questionnement, une réflexion sur l'image que ces objets renvoient. Est-ce quelque chose de constant dans ton travail ?
W. Prieto : Cela peut être effectivement un fil conducteur ; ce lien entre l'art et la vie me parait très important. L'artiste est plus un découvreur, un archéologue qui réaffirme et souligne certains symboles contenus dans la réalité. J'essaie de camoufler les oeuvres dans la réalité d'ou elles proviennent bien qu'en tant qu'oeuvres d'art, elles génèrent une autre signification. Il me semble que je rencontre plus les oeuvres que je ne les construis ; je leur donne simplement une tonalité qui les hiérarchise. Je tente de réaffirmer certains de leurs éléments et ainsi activer un nouveau contenu.
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D.Lazo : On peut distinguer deux lignes dans ton travail: la performance et l'installation. Explicitement ou implicitement, il y a toujours quelque chose de performatif dans tes interventions. Comment allies-tu ces deux concepts ?
W.Prieto : Je ne crois pas qu'il existe de limites entre la performance et l'installation. Pour moi c'est la même chose : une oeuvre peut être à la fois très physique et performative. Je pense que les objets réels et du quotidien en particulier génèrent des actions.
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D.Lazo : Quels sont les concepts ou préoccupations que tu favorises dans ton travail ?
W.Prieto: Un des éléments importants est avant tout l'utilisation minimum d'outils formels : j'essaie de parvenir avec un minimum de ressources à un maximum de contenu, de faire beaucoup avec peu. J'essaie aussi de présenter les oeuvres avec une relative neutralité afin de ne pas réduire les différentes lectures possibles.
La lecture immédiate d'une oeuvre est quelque chose qui m'intéresse beaucoup : notre époque est différente et nous sommes des récepteurs habitués à assimiler très rapidement l'information. Par conséquent, l'art a beaucoup changé. En une seconde, l'oeuvre peut être compactée comme avec winzip, emportée chez soi et stockée jusqu'à ce que le spectateur y repense et découvre de nouveaux sens. Donc, oui, je crois en l'importance de l'efficacité des images.
De plus, ce qui m'intéresse c'est de souligner les actions qui émanent d'un objet sans pour autant les rendre manifestes. Ce qui m'intéresse c'est l'espace entre A et B, l'espace qui existe entre l'objet et l'action. Cet intermédiaire est pour moi intangible et s'établit par un système de pensées ou des mécanismes qui s'activent grâce à la charge symbolique et visuelle contenue dans l'objet.
Par exemple, l'installation « Mute » fait immédiatement penser à un son. Et c'est justement une oeuvre qui existe seulement au travers d'un système absent. L'idée est que l'on puisse y trouver une histoire implicite.
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D.Lazo : « Apolitico » est, pour beaucoup, une de tes oeuvres les plus significatives. Quelle place prend-elle dans ton travail ? Est-ce un point de conclusion ou d'ouverture ?
W.Prieto : « Apolitico » est la conséquence d'une situation conjoncturelle : c'est ma première oeuvre dans une Biennale, c'est une pièce qui se réfère à un contexte particulier et qui, par ailleurs, évoque une situation sociale internationale. Bien que cette oeuvre puisse sembler d'une apparente neutralité, elle contient une certaine dualité et ambivalence.
« Apolitico » présente des éléments déjà annoncés dans des pièces antérieures. Ce n'est pas une oeuvre qui a changé le cours de mon travail ou qui a signifié un tournant ; elle est plutôt un résultat.
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D.Lazo : Peux-tu nous parler de l'oeuvre « Grasa, Jabón y Plátano - Graisse, Savon et Banane» sur laquelle tu travailles actuellement ?
W.Prieto : C'est une oeuvre que je vais présenter au Convento de Santa Clara, un espace très grand de 600 mètres carré, en parallèle de la Biennale de la Havane. Au centre de cet espace, je vais disposer une petite tache de graisse de 10 cm de diamètre, une brique de savon et sur le savon, une peau de banane. Ce qui m'intéresse dans cette oeuvre, c'est que cette forme renferme une action qu'elle pourrait engendrer mais qui ne se réalisera pas. C'est une oeuvre- objet qui provoque l'illusion d'une action, un geste efficace bien qu'il ne soit pas exécuté. Je perçois certaines similitudes avec l'oeuvre « Mute », dans la manière d'actionner un sentiment, une pensée ou d'autres possibilités de lecture d'après un possible syllogisme. De plus, mon travail s'est rapproché d'une certaine synthèse formelle.
Je crois que tout cela forme un chemin très expérimental mais je ne peux pas vraiment savoir s'il va concrétiser mes projets futurs. Je pense toujours que l'intuition est ce qui doit manier les subtilités de l'intellect, et dans ce sens je tente d'éviter les « patrons » formels ou de me fixer des objectifs définitifs. Au contraire mes objectifs se dessinent en fonction des expériences et les conditions nouvelles que m'imposent le contexte et le langage artistique.

Untitled (Installation à la Biennale de Singapour) - Wilfredo Prieto - 2004

Si/No (Yes/No) - Wilfredo Prieto - 2002

Paseo (Walk) - Wilfredo Prieto - 2000

Escala de Valores (Scale of Values) - Wilfredo Prieto - 2001

Avalancha (Vue d'ensemble) - Wilfredo Prieto - 2003
Installation

Avalancha (détail) - Wilfredo Prieto - 2003

Avalancha (détail) - Wilfredo Prieto - 2003

Mucho ruidos y pocos nueces - 2003 - 2006

Mucho ruido y pocas nueces - Wilfredo Prieto, 2003 - 2006