Keren Cytter réalise des films qui s'approprient et transforment des registres différents, depuis le film noir, le mélodrame, le documentaire ou le feuilleton télévisé.
S'approchant d'une réalisation amateur, les dialogues adoptent pourtant des structures complexes à multiples sens et une narration non linéaire. Keren Cytter s'intéresse aux comportements humains et aux modes de communication. Souvent tournés dans un intérieur modeste, ses films le récit de dysfonctionnements familiaux et d'amitiés au bord de la crise nerveuse.
Selon les mots de son ancienne professeur, Marlène Dumas, décrivant l'humour noir de son travail :"It is not a hahaha funny humor, nor a sour humor. It is a humor that understands the insult. It is a cruelty that comes from a keen intelligence, mixed with an extreme emotional vulnerability and an acute awareness of one's own stupidity and inability to understand one another."
Keren Cytter a récemment réalisé des expositions personnelles au CCA de Kitakyushu (2009), au Witte de With à Rotterdam (2008), ou au MUMOK à Vienne (2007). Son travail a été présenté dans l'exposition "The Generational: Younger Than Jesus", et lors de la dernière Biennale de Venise.
Keren Cytter est née en 1977 à Tel Aviv. Elle vit et travaille à Berlin.

Untitled - Keren Cytter - 2009
Vidéo, couleur, son, 9 min
"Untitled" est inspiré par le film "Opening night" de John Cassavetes avec Gena Rowlands dans lequel son rôle de femme déchue, angoissée par son âge rattrape peu à peu l'actrice.
Ici il semble que l'on assiste au drame d'une famille recomposée, auquel il faut ajouter un adultère et finalement un meurtre. Le décor de ce nouveau film quitte pour la première fois l'intérieur domestique pour occuper une scène de théâtre, l'espace de représentation par excellence.
Les dialogues, les accessoires ou les mouvements de caméras bouleversent la frontière entre la scène et les coulisses, c'est l'envers du décor qui est mis en scène. Difficile de distinguer le devant du derrière, le texte récité de l'improvisation, les dialogues joués ou réels des acteurs.
Comme dans ses autres films, on est spectateur d'une réalité construite et artificielle, mais l'élément théâtral complexifie notre rapport aux personnages. Sont-ils les acteurs d'une mise en scène ou de leur propre vie? Dans "Untitled", l'artiste va jusqu'au bout d'une fusion entre la théâtralité sur scène et dans la vie proposant finalement une performance permanente.
Lors de sa présentation à la Biennale de Venise, le film était projeté dans une boîte ouverte sur les côtés; le public était assis sur des gradins comme au-devant d'une scène de théâtre.