L'oeuvre de Dora Garcia, de nature (néo-)conceptuelle, explore les liens entre la performance, le texte et l'installation sculpturale. Les rapports entre l'artiste, sa création et le spectateur y occupent également une place centrale, tandis que l'intervention dans l'espace public est l'un de ses outils d'intervention préférés.
Le langage joue un rôle important, aussi bien comme moyen de communication que comme système de signes codés. L'impossibilité de communiquer clairement est un des thèmes-clef de son oeuvre (cf la performance « The Messenger »). Ses sources d'inspiration sont très liées à la littérature (voir l'installation « Fahrenheit 451 » formée de livres de Ray Bradbury reproduits en miroir et « The Beggar's Opera » tiré de la pièce de Brecht). Ainsi, son oeuvre forme un réseau serré de réflexions sur la nature même du rapport de l'artiste contemporain au monde : ses difficultés à se faire comprendre, sa volonté de créer un langage propre ou d'agir comme interprète de la société dans laquelle il vit.
À travers les performances qui constituent le coeur de son travail, Dora Garcia nous propose une expérience sensorielle. Le spectateur devient un protagoniste essentiel de la performance, car le but de l'artiste est de questionner son rapport à l'oeuvre, sa passivité. Il est souvent pris à partie par l'acteur qui interprète la performance, mêlant en temps réel fiction et réalité. Le travail de l'artiste joue sur ce trouble.
Dora García a étudié les beaux-arts à l'Université de Salamanque, en Espagne et à la Rijksakademie à Amsterdam, Pays-Bas.
Depuis 1999, elle a créé plusieurs oeuvres sur le web (doragarcia.net). Elle a notamment exposé à Manifesta (1998), à la Biennale d'Istanbul (2003), au Skulptur Projekte de Münster (2007), ainsi qu'à la Biennale de Sydney (2008). Elle a bénéficié d'expositions personnelles au SMAK (Gand), au MUSAC (Leon), aux Laboratoires d'Aubervilliers (2006). Ses performances ont été montrées au Nam June Paik Center à Séoul, à la Tate Modern à Londres et lors de la soirée « The Clifford Irving Show » au Ciné 13. Elle a été invitée par Hou Hanru à participer à la prochaine Biennale de Lyon et par Chus Martinez à la Biennale d'Athènes.
Dora Garcia est née en 1965 à Valladolid, Espagne. Elle vit et travaille à Bruxelles.

What a fucking wonderful audience - Dora Garcia - 2008
Script original de la performance réalisée lors de la Biennale de Sydney (2008), photographie
Le travail de Dora Garcia est issu de la critique institutionnelle (critique du musée, de ses codes et des formats proposés) et plus généralement de celle du langage, à la suite des artistes conceptuels des années 60 (Weiner, Kosuth) mais aussi d'Andrea Fraser (années 80-90).
L'oeuvre « What a fucking wonderful audience » (2008) se positionne idéalement à la croisée de plusieurs tendances identifiables dans le travail de l'artiste.
La performance dont elle est issue, mise en oeuvre à la Biennale de Sydney 2008, prend la forme d'une visite guidée, au musée d'art moderne de Sydney, autour d'oeuvres qui n'y sont pas présentées physiquement.
Le performeur se présente comme un guide de musée traditionnel et offre aux visiteurs une « visite/ discours » qui commente plusieurs oeuvres issues de l'histoire de l'art ou du cinéma qui ont voulu bousculer le spectateur (« Cosmococa » de Oiticica, « Kunst Kick » de Chris Burden, « La société du spectacle » de Guy Debord). À travers ce « commentaire composé », Dora Garcia tisse la trame d'une filiation entre elle et différents auteurs dont la démarche visait à questionner les places assignées au spectateur et à l'artiste au sein de l'institution. Les cartons annotés et encadrés qui constituent physiquement l'oeuvre sont les cartons originaux utilisés pour la performance à Sydney. Le texte imprimé contenant le commentaire des oeuvres a été entièrement écrit par Dora Garcia, tandis que les annotations sont de la main du performeur, qui est venu préciser ou contredire le discours de l'artiste et s'en est servi pour sa prétendue visite guidée. La photographie encadrée documente la performance.
Récemment présentée au sein de l'exposition personnelle de l'artiste à la galerie Michel Rein, cette oeuvre présente un moment important de la démarche de l'artiste : une trace de la performance dans laquelle cohabitent la patte de l'artiste et celle du performeur.
Cet aspect est essentiel au travail de l'artiste puisqu'elle ne réalise jamais elle-même ses performances mais commissionne toujours des acteurs professionnels. Elle est donc elle-même dans un rapport distant au spectateur, qui lui permet de mieux manipuler le rapport entre le performeur et le public. Le rapport de pouvoir qu'elle met ainsi en place se joue de ceux qui existent dans l'institution. En rejouant une prétendue visite guidée au sein d'une biennale d'art contemporain, Dora Garcia vient interroger les codes de l'art contemporain.
Cette performance rejoint ainsi des projets antérieurs comme The Beggar's Opera, présenté au Skulptur Projekte de Münster pour laquelle l'artiste déjouait l'attente des visiteurs du grand événement d'art public. Tandis que ceux-ci s'acharnaient à chercher la sculpture de Dora Garcia, celle-ci avait introduit dans la ville un comédien jouant le rôle d'un mendiant et racontant ses aventures sur un blog.
Une oeuvre quasi-invisible, comme une bonne partie du travail de Dora Garcia.