Les films qu'Harun Farocki réalisa pour le grand écran dans les années 70 et 80 contribuèrent a théoriser le film-essai, genre cinématographique qui juxtapose les images d'archives de différentes sources (actualité, film industriel) avec les commentaires d'une voix off. Un procédé qui accentue la distance entre l'image et le sens, entre ce qui est donné à voir et sa compréhension, un traitement utilisé par d'autres cinéastes comme les Straub avec qui il travailla ou Chris Marker. C'est plus particulièrement une approche critique et politique de l'image qui caractérise son oeuvre depuis le début, un regard posé sur l'imbrication entre la guerre, la technologie et le capitalisme. En 1969, il réalise un de ses premiers films en 16mm intitulé "Inextinguishable fire." dans lequel il apparait en présentateur de TV, lisant le témoignage d'un vietnamien victime d'une attaque au Napalm. Les images suivantes constituent un documentaire éducatif, un thèse présentée avec austérité sur l'origine de production du napalm et l'implication de chacun : ouvriers, étudiants et ingénieurs dans ce qui fut largement utilisé comme une arme contre des civils. Des années plus tard, pour la trilogie "Eye/machine" (2001-2003), Farocki récupère des séquences tournées pendant la guerre du golfe, comme les images prises par des têtes de projectiles, qu'il juxtapose à un ensemble d'images produites par des machines crées pour nous surveiller, analyser et localiser. L'historien de l'art Hal Foster décrit le travail de Farocki comme une généalogie de « l'instrumentalisation visuelle » suivant l'évolution des technologies de l'image et leurs rôles dans les rapports de force et l'exercice d'un contrôle. Sur son site et dans le nouvel ouvrage rétrospectif consacré à son travail, Farocki distingue les films de ses installations. Il commença dans les années 90 a penser des doubles projections qui furent présentées dans des cinémas puis très rapidement au sein de galeries et institutions qui s'adaptaient plus facilement à ce mode de projection. L'évolution des formes de présentation et de diffusions de son travail explique que sa présence dans différentes économies et plus récemment celle du marché de l'art. Son travail a été présenté notamment à la Documenta 12 avec l'oeuvre
et à travers des expositions rétrospectives à la Generali Foundation, au Jeu de Paume au côté de Rodney Graham, au MACBA à Bercelone ou au Filmmuseum de Vienna...
Harun Farocki est né en 1944 à Neutitschein, République Tchèque. Il vit et travaille à Berlin.

Immersion - Harun Farocki - 2009
Double projection vidéo, 20min, loop.
Pour l'installation vidéo « Immersion », Harun Farocki est allé visiter un centre de recherche près de Seattle, pour le développement des réalités virtuelles et des simulations par ordinateurs. L'un de leur projet consiste a utiliser la réalité virtuelle (des environnements crées pour simuler notre monde) a des fins thérapeutiques pour les soldats souffrant de traumatismes après la guerre en Irak. La double projection met en parallèle les images d'animations et le témoignage des soldats qui revivent leur mission, les explosions, les tirs et les embuscades, leurs peurs et leurs culpabilités. Le choix d'un rendu direct et la simplicité du montage nous place comme voyeur d'une expérience personnelle et difficile. La fin est déroutante puisque ce dernier soldat, qui une minute auparavant suppliait la thérapeute d'arrêter le programme, regarde finalement son audience en souriant avec un détachement qui remet en cause l'authenticité de son témoignage. Et le programme « Virtual Iraq
» s'apparente alors davantage à un jeu virtuel qu'à un programme thérapeutique. « Immersion
» continue d'explorer l'impact des nouvelles technologies sur notre société, les relations entre la réalité virtuelle et le monde militaire et comment les scenarios développés par les jeux vidéos servent aussi bien d'outil d'entrainement que de thérapie.