Nombre des projets de Peter Friedl, dans leur hétérogénéité de médium et de style, fonctionnent comme « des points d'intersection entre d'innombrables lignes de pensée et de référence, créant un vaste réseau didactique qui dialogue simultanément avec la logique critique et le potentiel narratif » (Gean Moreno) : pouvoir, genre, langage, histoire, identité, territoire s'y mêlent. Il déplace radicalement les règles modernistes de construction de l'oeuvre d'art selon des questions esthétiques, vers des méthodes conditionnées par les champs d'action sociaux, dans une recherche sur la contextualisation de l'oeuvre d'art. Ainsi, «
» (2004), ensemble de diapositives couleurs de terrains de jeu publics du monde entier, est pensé par l'artiste comme « une ethnographie esthétique, qui examine le terrain de jeu comme la scène où se développent les premières expériences publiques, institutionnalisées, de 'petits' sujets (les enfants) ». Les images véhiculent plus d'informations qu'il n'y parait de prime abord ; Friedl souligne que « le commentaire, le discours et toute l'information en arrière-plan, restent invisibles et sont simplement devenus un composant de la série ».
Peter Friedl est né en 1960 en Autriche. Il vit et travaille à Berlin.

New Kurdish Flag - Peter Friedl - 2001
Tissu en Nylon, 150 x 250 x 8 cm
Cette oeuvre textile cite et détourne le drapeau à fond rouge et étoile centrale du Front de Libération National du Kurdistan (ERNK, soit une organisation militaire associée au PKK, fondée en 1985 et dissoute en 2000), et non le drapeau national du Kurdistan. L'artiste s'y intéresse dès 1994, au moment de la destruction de la ville de Lice par l'armée turque et de l'expulsion du PKK de l'Allemagne. Le drapeau a eu une forte visibilité dans les médias, qui est aujourd'hui moindre. L'artiste a éclairci le rouge jusqu'au rose et en a évidé le cercle central, questionnant ainsi le rôle de l'emblème comme signe de représentation d'un groupe. Ce geste interroge le pouvoir exercé par une symbolique politique actuelle, capable de fixer l'essence éphémère de la couleur pendant un instant historique qui peut durer des décennies ou des siècles. Eclaircir et découper, c'est en retrouver la complexité. «
New Kurdish flag 01 » est aussi une réflexion sur le statut du drapeau: objet de propagande activé dans la rue lors de différentes performances, avant d'être muséifié dans un cadre en 2005, selon un glissement sémantique. Le tissu acquiert une dimension politique, comme développé dans l'exposition « Textiles Art and the Social Fabric » du MUHKA d'Anvers (www.
muhka.be).

Map - Peter Friedl - 2005
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« Map 1969-2005 », affiche collée sur le mur, questionne l'espace dans sa relation aux sciences de la géographie. Sur un fond rouge, a été tracé en blanc et à main levée une image qui fait référence à l'esthétique des cartes de géographie.
« Map 1969-2005 »
n'est pas une carte fidèle des Etats-Unis, mais une cartographie qui mélange, superpose et confond des éléments hétérogènes : Oregon, Lake Superior, San Francisco, Cheyene, Missouri, Zuni, Navajo, Texas, Shawee, Colorado, Piegan, Canada, Miami, etc.« Le cas de '
Map (1969-2005)' est intéressant. Dans le même espace, on a le dessin initial et sa représentation. Chacun exige une lecture spécifique, et chaque lecture diffère » selon Gean Moreno.
« Map 1969-2005 »
est une image critique, par les décalages que l'oeuvre introduit entre la géographie et l'identité des hommes en fonction des espaces. L'oeuvre rejoue le mythe de l'exploration du territoire américain.