Saâdane Afif pratique la citation ; « j'appartiens à une génération d'artistes qui [...] aborde l'art comme une forme de langage avec lequel on joue, qu'on déforme, qu'on transforme, sans cette recherche précise de l'objet qu'avaient nos aînés ». Ces stratégies de réappropriations s'insèrent dans un contexte de circulation des idées sur le mode du remix et du remake. Dans «
(2000-2006), ces stratégies d'assemblage sont présentes à tous les niveaux. L'artiste utilise une étagère excentrique du designer Ron Arad, et ajoute des coulées de peinture sur le mur ; elle supporte une collection de livres sur la piraterie rassemblés par le propriétaire de l'oeuvre.
(2005), projet le plus ambitieux de l'artiste, a fait l'objet d'une publication et de différentes expositions. L'installation regroupe des guitares électriques automatisées qui jouent des partitions orchestrées par un programme informatique. Les accords sont définis selon les enchaînements de couleurs des bâtons de bois rond d'André Cadere. Par ce déplacement, l'artiste suggère la dimension sonore des couleurs et des rythmes des oeuvres d'André Cadere, dans un genre de synesthésie. A l'époque des technologies numériques, le système rythmique de Cadere résonne de manière particulière avec les processus de numérisation. Afif suggère un principe d'encodage du monde sous jacent au réel, soit un langage rythmique d'avant la tour de Babel.
Saâdane Afif est né en 1970 à Vendôme, France.
Il vit et travaille à Paris et Berlin.

Pop (blue time) - Saâdane Afif - 2005
Lettres adhésives + CD rom
« Blue time » est une chanson co-écrite par l'artiste Saâdane Afif et l'artiste Lili Reynaud Dewar. Les collaborations sont fréquentes dans l'oeuvre de l'artiste : pour l'exposition «
Lyrics » au Palais de Tokyo en 2005, Saâdane Afif avait sollicité des artistes et des musiciens pour traduire ses oeuvres en textes de chansons, et pour les interpréter. Les paroles, inscrites sur le mur, produisent un récit silencieux, sur un mode musical qui reste implicite (à la différence de certaines installations où les paroles peuvent être écoutées dans un casque). L'écriture en hologramme rappelle la surface irisée des CD. Le refrain « I've been waitin'... » introduit de la temporalité et de la musicalité dans le champ de la lecture. Cette chanson est un commentaire sur la pop music par sa dimension méta-poétique. Elle met en scène la vie d'un « songwriter » : « I 've been waitin' for the producers [...] I left home when I was a kid [...] I've been on the road indefinitely [...] I played in bars, hotels, parties ». Comme dans « Actualité », film 16mm de Matthias Poledna de 2001, Saâdane Afif et Lili Reynaud Dewar brosse un portrait idéalisé et nostalgique de l'artiste en popstar.

Stalactites / Round Bar of Wood (Portrait of Gilbert & George) - Saâdane Afif - 2005
122cm x 2,5cm chaque
Dans cette oeuvre, Saâdane Afif cite les bâtons de bois rond d'André Cadere en utilisant les principes du copyshare et du remix. Les sculptures de Cadere, des barres constituées d'enchaînements mathématiques de segments de bois peints contenant une erreur dans la succession des couleurs, peuvent être présentées selon toutes les configurations possibles (mur, sol, accrochées ou non). Dans le catalogue documentant le projet «
Power chords » figure un fac-similé (un autre registre de la citation) d'une conférence de Cadere « Présentation d'un travail, utilisation d'un travail ». Les bâtons apparaissent dans différentes oeuvres d'Afif tels les outils d'un vocabulaire essentiel : avec des nuances de noir («
Black spirit », 2004), de blanc («
Ghost », 2005), en traduction sonore («
Power chords », 2005) ou lumineuse («
Untilted 1971/2003-B 0230 1004 =30= =22x23= », 2003). Saâdane Afif questionne la capacité générative de l'erreur, comme le suggère le titre d'une l'oeuvre « A few more mistakes ». Il joue sur quelques uns des paramètres définitoires des barres de Cadere (nuances de gris, présentation en stalactites) pour les perturber. Le titre suggère que l'oeuvre est en fait un portrait. Gilbert & Georges sont deux artistes qui jouent dans des performances ou dans des photomontages sur la notion de couple. Afif leur rend hommage à travers l'indice minimal des deux barres de bois comme un clin d'oeil à la notion de « living sculptures ».