Toutes les recherches de Loris Gréaud se cristallisent dans l'espace d'exposition pour construire une oeuvre d'art total, voir un monde. « Cellar door », exposition monographique (Palais de Tokyo, 2008), s'organisait comme un décor de cinéma, réunissant des processus s'étalant dans des temporalités hétérogènes. Son travail renvoie dans son iconographie et dans ses spéculations à un mélange de science fiction, de high-tech, et de sciences exactes. Frederic Jameson, dans son ouvrage « L'archéologie du futur I. Le désir nommé utopie » (2007), pense la science fiction comme une utopie et une manière d'écrire le présent.
Les oeuvres de Gréaud sont parcourues par la question de l'immatériel, entre le réel et le virtuel : références à Yves Klein (« The Merzball pavillion » 2008) ; diffusion de l'odeur de la planète Mars (« Spirit » 2005) ; appartement réaménagé par des spécialistes des champs magnétiques (« Les résidents 1 » 2005) ; émission de messages en morse par la lumière (« Limen » 2003) ; nanosculptures (« Untilted01 » 2006). L'artiste ne veut pas rendre visible l'invisible (comme les scientifiques avec leur microscope), mais rendre lisible l'invisible. « Ces notions d'invisibilité, de hors champ ou de non présence sont des moteurs de désirs » selon l'artiste.
Paul Ardenne a parlé de Gréaud comme d'un « artiste en phénoménologue » (in artpress n°320, février 2006) ; ses oeuvres, avec leur fort quotient de technicité « [tiennent] du phénomène, de la manifestation prompte à mobiliser la conscience ».
Loris Gréaud est né en 1979 à Eaubonne, France.
Il vit et travaille à Paris.

CFL (cognitive fooding laboratory / compact fluorescent light) - Loris Gréaud - 2004
Laboratoire, raccords en aluminium, profils en aluminium, tubes en plexiglas, mousses, pousses de cresson modifié, tubes néons de croissance).
L'acronyme « CFL » désigne une norme lumineuse existante (Compact Fluorescent Light), ainsi qu'une norme nutritive (Cognitive Fooding Laboratory). Le « CFL » est un laboratoire mobile de croissance de pousses de cresson ayant la particularité chimique de contenir un fort taux d'anthocyanine, « un pigment naturel administré, entre autres, aux pilotes de chasse de manière à accroître leur acuité visuelle de nuit et obtenir une meilleure réponse aux stimulations lumineuses ».
Le spectateur est invité à consommer ces plantes. Selon le même processus de stimulation du goût, l'artiste a conçu un bonbon à la saveur de l'illusion « Celador
, a taste of illusion
» (2007). Ces changements de vision s'expérimentent dans tout l'espace de l'exposition, notamment dans l'accrochage de l'exposition « Silence Goes More Quickly When Played Backwards
» au Plateau en 2005. « CFL », qui apporterait de nouvelles perceptions de l'espace sombre, était mis en parallèle avec une autre oeuvre de la collection Kadist « Dream machines
», composée de boites lumineuses à voir les yeux fermés.
Le goût et la vue se correspondent dans ses « inventions » empiriques qui mélangent biochimie, science fiction, parapsychologie. « Le goût de l'artiste pour la fiction, les scénarios, mobilisant les angoisses, fantasmes et obsessions de chacun, signalent la quête d'une oeuvre qui n'existerait qu'à travers la rumeur » selon Marjolaine Lévy.

Dream Machines - Loris Gréaud - 2004
Installation lumineuse au mur, trois caissons lumineux programmés, intégrant des lampes à filaments et des boîtiers électroniques à l'intérieur, alimentation par prises électriques, 110 x 65 x 19 cm chaque élément
L'oeuvre fait référence à la Dream machine, objet expérimental inventé par le peintre et écrivain Brion Gysin et le scientifique Ian Sommerville, composé d'une ampoule dont la lumière traverse les fentes d'un cylindre rotatif LIEN. Loris Gréaud reprend son fonctionnement structurel ; les variations de la lumière, suivant le décalage fréquentiel de la Machine à rêves, sont ici transcrites par des ondulations de lumière produites par des lampes à filament. Au-delà de cette référence technologique, l'artiste cite également les histoires, les légendes, les rumeurs autour de cette invention, pour les cristalliser dans un objet technologique contemporain.
Ces machines se « regardent » les yeux fermés, la fréquence lumineuse génère des images mentales, modifiant physiologiquement les informations transmises au cerveau par le nerf optique et psychologiquement l'état de conscience du spectateur. Ces changements de vision s'expérimentent dans tout l'espace de l'exposition, notamment dans l'accrochage de l'exposition monographique au Plateau en 2005 qui mettait en parallèle. « Dream machines
», une autre oeuvre de la collection Kadist « CFL ».
Les trois caissons écran, les images mentales du spectateur se projettent sur cette surface. Gréaud dégage l'écran de sa rationalité de dispositif optique, pour permettre au regard d'entrer dans l'imaginaire.