Valérie Jouve a largement contribué à l'essor de la photographie contemporaine en France dans les années 1990, en composant un portrait complexe de la ville, à travers ses séries « Les Paysages », « Les Passants », « Les Personnages », « Les Figures », « Les Façades » ou encore « Les Situations ». Elle tente d'y cerner l'individu dans une communauté sociologiquement déterminée et de montrer la relation qu'entretient le corps à la ville.
« C'est la question du traitement de l'espace qui m'intéresse avant toute autre chose. L'inscription de la figure dans l'espace n'est toutefois pas uniquement une question formelle comme on pourrait d'abord le penser. Il s'agit surtout de comprendre comment la figure confère une présence à ce qui l'entoure. L'architecture intervient ici comme forme emblématique de l'espace que se donne l'homme pour exister. Immeuble et personnage, perspective et figure, ce qui est en jeu c'est le décalage entre conscience collective et individuelle posé en termes esthétiques. »
La franchise des images de Valérie Jouve, son emploi de grands formats (permettant de créer un rapport de physique avec le spectateur) et son recours à la mise en scène inscrivent sa pratique dans un courant mêlant esthétique documentaire et dramaturgie, illustrant un rapport distancié et parfois étrange au monde.
Valérie Jouve est née en 1964 à Saint Etienne. Elle vit et travaille à Paris.

Sans titre (Les Figures avec P. Faure) - Valérie Jouve - 1997
Photographie couleur (210x170cm)
Comme une grande partie des photographes contemporains qui jouent avec les codes du réalisme, Valérie Jouve compose ses images avec en tête un résultat plus ou moins déterminé, en vue de livrer une représentation complexe du monde et non une simple présentation de faits. Extrait de la série « Les Figures », ce « portrait » de P. Faure véhicule toute l'ambiguïté des images de Valérie Jouve, entre réalisme et mise en scène.
Cette photographie réunit les caractéristiques propres au travail de Valérie Jouve : inscription d'un individu dans un paysage urbain, rapport à l'architecture, simplicité de la composition et narrativité forte bien qu'imprécise - liée notamment à une certaine familiarité qui se dégage des personnages ou des lieux.
La position du corps a quelque chose de sculptural en ce qu'elle accentue la sensation d'un mouvement en suspension, rappelant « L'Homme qui marche » de Giacommeti. Cette référence est renforcée par l'attitude de l'homme, le regard baissé, intériorisé. L'intensité du personnage le place d'autant plus au premier plan, comme collé sur le paysage. Malgré l'identification du sujet, celui-ci semble autant anonyme que le fond indéfini placé derrière lui.