Depuis le début des années 90, Ben Kinmont documente par l'image, le texte et ers objets ou ephemera, des actions qu'il réalise pour interroger le statut de l'art et son rapport à la communauté. Il considère la production artistique comme un échange intellectuel et émotionnel, susceptible d'intéresser tout le monde. C'est pourquoi, il choisit d'aller à la rencontre du public partout où il se trouve, dans la rue, à son travail, ou chez lui. Il fait la vaisselle dans le restaurant d'un musée et chez des particuliers, reçoit des étrangers à petit-déjeuner dans sa propre maison, interroge des passants sur la possibilité de considérer une conversation comme une oeuvre d'art. Le travail de Ben Kinmont se situe au croisement entre plusieurs réflexions contemporaines : l'esthétique relationnelle où l'oeuvre s'établit dans un rapport à l'autre et la critique institutionnelle où l'oeuvre se réalise en dehors du musée. Mais c'est justement ce glissement hors du champ de l'art que Ben Kinmont questionne. La forme que prend ses projet est celle de l'archive : des enregistrements, des actions (audio ou vidéo), des documents qui sont souvent distribués au public. Une fois vendue, l'oeuvre évolue au gré des expositions et des nouvelles propositions de l'artiste. Ainsi l'archive n'est plus un réceptacle de traces mais plutôt une source et un contenu évolutif. Le collectionneur devient alors partenaire du projet sur le long terme puisqu'il peut suggérer de nouveaux contenus.
Ben Kinmont est né en 1963 à Burlington, aux Etats-Unis. Il vit et travaille à San Francisco.

Digger Dug - Ben Kinmont - 2004
archives, ensemble de documents, audio et vidéo
« Je m'intéresse aux possibilités et limites d'une aide sociale lorsqu'elle s'intègre à une pratique artistique. Lorsqu'on quitte la galerie ou le musée pour entrer dans le domaine public où la conformation des valeurs et des besoins est sensiblement différente, les artistes expriment en général l'urgence d'un élargissement du discours culturel en y incluant l'échange de valeurs et d'informations entre personnes habituellement exclues du discours de l'art. Cette décentralisation s'accompagne souvent d'un désir (parfois utopiste) d'aider les autres d'une façon généralement non prise en compte par le monde de l'art. Avec
Digger Dug, je me suis adressé à ers activistes et travailleurs sociaux professionnels pour connaître les possibilités et limites d'une aide sociale envisagée en tant que pratique artistique. » Ben Kinmont, 2004. L'archive propose d'examiner la différence entre la possibilité d'aider les autres dans le cadre d'un projet artistique et celui d'un travail social et pose alors la question du droit d'auteur. La première partie de « Digger Dug » réalisée en 2004 sera réactivée pendant l'exposition à Kadist, notamment dans un échange avec un anthropologue autour des notions d'éthique dans les projets à la fois artistiques et sociaux. Ainsi l'archive contiendra un nouveau texte et une série de photo, vidéo et notes réalisées pendant l'exposition. Au regard de nos réflexions actuelles, dans le cadre du programme qui rejoint les branches philanthropiques et artistiques de la fondation, le travail de Ben Kinmont et tout particulièrement l'archive
Digger Dug apparaît comme une pièce importante pour la collection. Cette oeuvre est « une boite à outil » à la fois théorique et pratique qui pourra évoluer avec le programme de la fondation. Les Diggers de San Francisco étaient un groupe d'action communautaire radical composé d'acteurs d'improvisation ayant opéré de 1966 à 1968, et étant surtout basé dans le quartier Haight-Ashbury de San Francisco. Leurs politiques s'approchaient d'un anarchisme communautariste qui mixait le désir de liberté avec la conscience de la communauté dans laquelle ils vivaient. Ils étaient associés de près et partageaient des membres avec une troupe de théâtre de guérilla nommé la San Francisco Mime Troupe. Les Diggers offrirent un service de bouffe gratuite dans le Golden Gate Park du quartier Haight-Ashbury à 4 heures de l'après-midi, chaque jour, nourrissant généralement plus de 200 personnes qui n'avaient aucune source de nourriture. Ils ont ouvert de nombreux Magasins gratuits dans le quartier Haight-Ashbury, dans lesquels tous les items étaient à prendre ou à donner.