Grâce à ers types de médiums - photographie, film, son, installation, sculpture - les oeuvres de Laurent Montaron « image » : dans «
(2005) la bande magnétique d'une chambre d'écho, qui se roule et se déroule sans fin, devient une ligne serpentine hypnotique. « Faire image » peut s'entendre au sens de cristalliser un ensemble d'archétypes et de fantasmes dans une représentation mentale d'origine sensible. Dans le film «
» (2005), un chercheur de l'observatoire astronomique de Meudon regarde sa main ensanglantée par la dent qu'il vient de perdre, dans un cadre spatio-temporel en suspens. « Disons que je construis mes images comme des scènes auxquelles il manquerait le début et la fin, dont le scénario serait contenu dans un laps de temps très court. Elles se rapprochent souvent du photogramme extrait d'un film auquel le synopsis ne serait pas joint » selon Laurent Montaron. Ces images se forment dans une faille temporelle une « déchirure » (Georges Didi Huberman), idée également présente de manière iconographique dans «
» (2009, deux films identiques, avec une prise de vue différente, projetés de manière simultanée). Chacune des oeuvres de l'artiste réclame un temps d'attention particulier, propre à chaque spectateur.
Laurent Montaron est né en 1972 à Verneuil-sur-Avre. Il vit et travaille à Paris.

What remains is future - Laurent Montaron - 2006
video HD
Ce film cite de manière directe et fictionnelle un des premiers grands drames médiatiques, soit l'embrasement du dirigeable Zeppelin LZ 129 Hindenburg lors de son atterrissage à New York en 1937. La puissance des images, très diffusées par la presse, a profondément marqué les esprits de manière fantasmatique. Ce moyen de transport - à la fois futuriste et obsolète - cristallise un imaginaire collectif alimenté par la fiction cinématographique, littéraire et mythologique au sens de Barthes. Une masse avance progressivement vers le spectateur, la caméra glisse sur le flanc de ce monstre qui a la grâce d'un cétacé, des flammes perturbent cette vision. La masse se dérobe à la vision, en ne se laissant pas définir clairement et en sortant finalement du champ de l'image. Réalisé selon le principe de l'anaglyphe - procédé ancien de superposition de deux images décalées produisant du relief - le film empêche l'expérience de la troisième dimension et renvoie aux trucages de sa fabrication car il se regarde sans lunettes spéciales. Par sa matérialité et son flou, l'image accompagnée d'une onde sinusoïdale exerce un pouvoir de fascination haptique et hypnotique.