Charlotte Moth constitue une banque d'images depuis 1999. Elle photographie et développe en noir et blanc des photos prises dans les lieux qu'elle traverse à travers le monde. Elle enregistre avec l'oeil du sculpteur, l'architecture moderniste au brésil, le style Bauhaus en Allemagne, des espaces vides, hors du temps. Elle crée ainsi une classification de sortes d'espaces (des espèces différentes) qu'elle nomme « travelogue».
, ou récit de voyage, est un processus de réflexion organique, un collage, une activité révélant les allées et venues entre image et expérience. Tout en noir et blanc et dans une grande économie de moyens (formats identiques, modestie de leur taille) les clichés traduisent une obsession de la ligne, de l'ordre, de la construction et du vide.
Charlotte Moth ne porte pas qu'un regard nostalgique sur les espaces, mais elle propose une multiplicité de lectures. Agissant comme une assembleuse, collectionneuse et archiviste, elle introduit un regard distancié sur son propre travail. Dans une attitude clairement post-conceptuelle, l'artiste livre une réflexion fournie et ambitieuse sur la nature de l'image et son autorité.
Charlotte Moth, née en 1978 à Carshalton (Grande-Bretagne). Elle vit et travaille à Paris.

The Absent Forms - Charlotte Moth - 2010
photo film noir et blanc
Le film
The Absent forms est une construction à tiroirs. Charlotte Moth a demandé au critique Franscesco Pedralio de réagir en écrivant un texte sur le film de Man Ray, « Les mystères du château du dé », film ayant pour décor la villa Noailles, construite par Mallet- Stevens.
Le discours de Pédralio a été ensuite déplacé et l'artiste l'a attribué à ses propres photographies, prises dans la rue Mallet -Stevens à Paris. Un percussionniste a donné une réponse sonore au film lors du vernissage dans la Halle für Kunst de Lunebourg en 2010. Sa réaction a ensuite été montée sur le film. Ainsi l'artiste a articulé plusieurs subjectivités auxquelles s'ajoutera la nôtre. La lumière est un acteur prépondérant dans l'oeuvre. La photographie est envisagée sous l'angle d'un usage incertain, sorte de matière vive, informe, malléable et modulable. Les images s'égrainent, sans titre ni date, juxtapositions hasardeuses et palpitantes.
Si la chambre noire reste l'outil du photographe, Charlotte Moth traite cependant l'image en sculpteur. L'architecture, citation et décor, devient sculpture dématérialisée ou matérialisée par l'image.