Le travail de Chloe Piene - vidéo, performance, sculpture, dessin - en convoquant l'histoire de l'art, entre en correspondance avec des artistes comme Matthias Grunwald, Albrecht Dürer, Max Beckmann, Egon Schiele, Joseph Beuys... De manière plus directe, le commissaire Klaus Ottman, dans « Bodies of Desire » (Locks Gallery de Philadelphie, 2007,
), a exposé et confronté des dessins de Willem de Kooning et de Chloe Piene. « J'aime suivre la chevaucher la ligne entre l'érotique et le médico-légal - l'obscurité et la clarté - où ces deux véritables extrêmes se rencontrent se heurtent et fusionnent violemment »
1. selon l'artiste (« Artnews », septembre 2006). Ses oeuvres, par le prisme de la sensation, touchent à l'érotisme, à la vanité, au morbide, à l'intime, au grotesque. Fascinée par les films d'horreur, Chloe Piene ausculte l'anatomie du corps humain pour en interroger les limites entre le sujet et le monde, l'intérieur et l'extérieur, le plaisir et la douleur.
1 « The line I enjoy riding is between the erotic and the forensic - the obscurity and the clarity - where you get these two real extremes that come together in ways that clash and combine somewhat violently »
Chloe Piene est née en 1972 à Stamford, Connecticut, USA. Elle vit et travaille à New York.

Armless - Chloé Piene - 2005
Fusain sur papier (158 x 104 cm)
«
Armless », dessin exécuté rapidement, suggère, de manière elliptique, un univers inquiétant. Une silhouette humaine est en suspension dans l'espace de la feuille de papier. Dans un jeu macabre et joyeux, le buste est animé d'un mouvement de balançoire si violent, que les lignes du dessin prises dans cette énergie ne figurent plus rien du corps. Le trait noir pulvérulent du fusain ne circonscrit plus la figure ; les formes se décomposent et se dissolvent dans le blanc de la feuille. Par le tracé de ses dessins ou par la surface de ses sculptures, l'artiste génère des moments d'indistinction entre la forme des idées et le chaos de la matière. Le personnage évoque tout à la fois une marionnette, un pendu, un écorché. Les jambes restent la seule attache du corps au monde, à ce corps dépourvu de bras, et de tête. Comme dans «
L'homme qui marche » (bronze, 1900-1907) de Rodin, sculpture sans bras et sans tête, ce corps « mutilé » questionne un rapport des sens au monde.