Les films et photographies de Zarina Bhimji sont pour chaque projet le fruit de recherches approfondies sur le terrain. Ces dernières années, elle a voyagé au Zanzibar, en Inde et en Afrique de l'Est (notamment en Ouganda, où elle est née), sur les traces des anciens colons britanniques. Les oeuvres issues de ses enquêtes ne relèvent cependant pas d'un genre strictement documentaire, en s'éloignant d'un registre illustratif : l'artiste s'attache à saisir la présence humaine perceptible dans des espaces dénués de figures, mais dans lesquels subsiste une tension découlant d'événements tragiques antérieurs.
Si Zarina Bhimji témoigne par son travail d'une conscience politique aigüe, elle ne se préoccupe pas moins de la conception plastique de ses oeuvres : ses compositions rigoureuses tirent parti de l'architecture, les murs étant un élément récurrent de son vocabulaire formel. Il en découle des paysages frôlant parfois l'abstraction, d'où sourd pourtant la puissance de violences passées. La beauté et la poésie qui s'en dégagent dès lors naître un sentiment d'admiration mêlé d'une profonde mélancolie, dans la lignée du romantisme pictural.
Zarina Bhimji est née en 1963 à Mbarara, en Ouganda. Elle vit et travaille à Londres.

Bapa Closed His Heart, It Was Over - Zarina Bhimji - 2006
Tirage Ilfochrome Ciba Classic (127x160cm)
Née en Ouganda de parents indiens, Bhimji a vécu à Londres après que sa famille y ait trouvé refuge, alors que le régime d'Idi Amin expulsait irrémédiablement tous les Asiatiques d'Ouganda. Ses travaux récents témoignent de sa volonté de visiter à nouveau le pays de son enfance, et de se confronter à l'expérience de l'exil, des destructions sociales et politiques, et de la privation.
Cette photographie, qui appartient à la série "Love", fut prise par Bhimji lors de son voyage en Ouganda en 2001, mais tirée seulement en 2006. Elle représente l'aéroport d'Entebbe, site d'évacuation des réfugiés asiatiques mais aussi théâtre d'audacieuses tentatives de négociations suite au détournement d'un avion par les forces israéliennes (Raid d'Entebbe, 1976). Bien qu'il soit toujours en activité, principalement pour l'aviation privée, il est totalement délabré. Les vols commerciaux utilisent un aéroport plus moderne, comme si celui d'Entebbe était trop meurtri par l'histoire pour être remployé. Le contraste entre l'avion privé et le bâtiment à l'abandon est frappant.
L'oeuvre évoque une période révolue tout autant que les conséquences d'une opération brutale. Le jeu d'ombre et de lumière est particulièrement marqué ; l'intérieur sombre, avec ses fenêtres barrées de croisillons, évoquant la prison, contraste avec le vaste paysage verdoyant. Le titre de l'oeuvre fait référence au père de Bhimji et sa décision de quitter l'Ouganda, fermant ainsi un chapitre de l'histoire familiale. En retournant en Ouganda, Bhimji l'a ouvert de nouveau.