Joe Scanlan s'est fait connaître dans les années 90 par une appropriation toute particulière de l'art conceptuel, exploitant deux registres principaux : le « display » d'une part, désignant l'oeuvre d'art comme un produit consommable, et le DIY («Do it yourself ») d'autre part, prônant la mobilité et l'adaptabilité des objets, voire leur réversibilité, en fonction des contextes et des usages.
Les oeuvres de Scanlan s'avèrent réversibles. Une étagère peut faire penser à une construction minimale et servir d'étagère, en toute logique fonctionnelle. La simplicité technique des réalisations de Scanlan, tirant à dessein vers les low tech, la possibilité subsidiaire, pour la plupart d'entre elles, d'être démontées ou stockées sans difficulté majeure, achèvent de conférer à l'oeuvre un tour à la fois pratique (l'art peut servir concrètement) et esthétique (chaque création de l'artiste, quoique connotée par le fonctionnalisme arbore une spécificité plastique propre).
Ainsi l'art de Joe Scanlan contient une stratégie questionnant le marché, la valeur de l'oeuvre. Très étonné par l'attitude de ses étudiants déjà happés par les galeries alors qu'ils sont encore en école, il crée Donnelle Woolford, artiste fictive, qu'il propulse sur la scène artistique (expositions de marqueteries, articles de presse, cv, identité facebook, etc.).
Au-delà de l'aspect conceptuel de son travail, sa démarche est empreinte d'une préoccupation sur le caractère éphémère des choses, des objets, des vies. Les recherches de l'artiste de ces dernières années, comme la production de flocon de neige ou de forsythias reconstitués, sont révélatrices de sa réflexion constante sur l'état transitoire et l'éphémère. Cette dimension poétique tend à devenir de plus en plus prégnante dans le travail de Scanlan, toujours combinée à une notion d'esprit critique et d'indépendance.
Joe Scanlan est né en 1961 à Stoutsville, Ohio. Il vit et travaille à New York.

Travel Drawing - Joe Scanlan - 2010
installation, dimensions variables
"Travel drawing" est une pièce montrée pour la première fois lors de son exposition personnelle à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne en 2007. Elle rend hommage au célèbre artiste conceptuel Sol Lewitt, qui mourut le 8 avril de la même année. À travers cette oeuvre, l'artiste souhaite rendre hommage à Sol Le Witt, et ainsi montrer au spectateur dans quelle mesure il est influencé par son travail et l'idée d'une conversion possible des idées en sculpture. Les tiges de forsythia, thème présent dans son travail depuis 7 ans, seront vues, au contact de Sol Lewitt, comme des dessins concrets où chaque tige est une ligne dans l'espace, et chaque fleur une marque. Reprenant le concept de mode d'emploi, où chez Sol LeWitt, l'oeuvre existe tout d'abord en tant qu'idée avant sa réalisation, le même principe est adopté pour
Travail Drawing, où l'oeuvre existe d'abord en tant que boite nomade avant son installation. La manière dont les dessins sont exposés dans l'espace peut varier : à Villeurbanne, ils sont dispersés dans l'espace, lors de l'Armory show, les tiges sont toutes restées dans la boîte, à Amsterdam, cinq dessins seulement ont été créés avec les tiges, les autres étant restés dans la boîte. Ainsi « Travel drawing » est une image variable capable de se mouvoir d'un endroit à un autre et de réinventer son arrangement à chaque fois. Le motif du forsythia entre ainsi en résonance avec ce principe, c'est une fleur qui se renouvelle à l'infini dans le cycle des saisons : éternelles et toujours nouvelles.