Simon Starling provoque des croisements inattendus entre des objets, des matériaux et des événements, produisant des oeuvres hybrides qui semblent issues d'un autre continuum espace-temps. En 1995, il utilisait l'aluminium d'une chaise du designer Jorge Pensi pour reproduire en neuf exemplaires une canette de bière trouvée sur le site du Bauhaus de Dessau, créant ainsi un condensé de l'histoire du design dans un objet trivial, faisant d'un détritus trouvé là par hasard l'indice d'un lignage historique que l'on hésite à trouver absurde ou légitime.
Tout en délaissant un travail de création formelle ex nihilo, l'artiste agit paradoxalement comme un véritable démiurge. Ses oeuvres impliquent des processus de métamorphose proches de l'alchimie, il s'approprie les formes et les objets sur lesquels il jette son dévolu et les intègre à de complexes réseaux de significations qui ne visent pas tant à révéler une histoire cachée qu'à tracer des chemins jamais vus, n'existant finalement que parce qu'il en a décidé ainsi.
Simon Starling est né en 1967 à Epsom, Royaume-Uni.
Il vit et travaille à Copenhague.

Autoxylopyrocycloboros - Simon Starling - 2006
38 diapositives couleur, projecteur moyen format
En réponse à une commande de Cove Park (Ecosse), Starling s'est procuré un bateau à vapeur datant d'environ 1900, repêché au fond du Loch Lomond et restauré par son précédent propriétaire. L'embarcation fut utilisée par l'artiste simultanément comme véhicule et combustible : tout en circulant sur le Loch Long, situé près de Cove Park et dans l'estuaire de la Clyde, il l'a démantelée planche par planche pour nourrir son moteur à vapeur, jusqu'à ce que l'inévitable naufrage ne l'envoie de nouveau au fond du lac. Cette action fait écho à son contexte géographique, puisque la rivière Clyde était anciennement un grand centre de production de bateaux à vapeur (l'estuaire abrite aujourd'hui les sous-marins nucléaires de l'armée britannique).
La projection de diapositives qui en résulte paraît tout aussi datée que la technologie du moteur à vapeur. Formant une boucle continue, elle présente ce voyage entropique comme un cycle destructeur sans fin, à l'image de l'
Ouroboros, « serpent qui se mange la queue » : existant dans de multiples mythologies du monde, cet animal autophage est tant un symbole d'autodestruction que de renouveau. A cette référence s'ajoutent d'autres racines grecques pour composer le titre : descriptives, comme
"xylo", le bois, ou "
pyro", le feu, ou bien plus évocatrice, comme le
Cycloboros, torrent bruyant et dévastateur mentionné par Aristophane. L'installation est ambivalente, on ne sait si elle constitue l'oeuvre ou seulement sa documentation ; l'oeuvre pourrait en effet échapper à toute emprise matérielle, en tant qu'action éphémère combinée au bateau, littéralement parti en fumée.

Nachbau - Simon Starling - 2007
4 tirages argentiques. noir et blanc, 72,8 x 64,8 x 4,5 cm, encadré
Invité en 2007 au musée Folkwang d'Essen (Allemagne), Simon Starling en a questionné l'histoire : connu pour ses collections et particulièrement pour son engagement précoce envers l'art moderne (avec l'acquisition et l'exposition d'oeuvres de Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Matisse), puis détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale, le musée a été pillé de ses chefs d'oeuvre « d'art dégénéré » par les nazis. Starling a retrouvé les photographies d'un accrochage d'oeuvres datant de 1929, prises par Albert Renger-Patzsch, photographe allemand de la Nouvelle Objectivité. Dans un premier temps, il a recherché les oeuvres représentées, qui pour la plupart avait été restituées ou acquises par des collectionneurs privés, après la guerre. Dans un second temps, il en a reconstitué l'accrochage. Enfin, il a repris les mêmes clichés que Renger-Patzsch, avec cette même 'objectivité scientifique'. Le résultat est simple et minimal, et tend à effacer toute différence avec l'original. Starling, jouant sur la notion d'auteur, reconstruit à l'identique ('Nachbau' signifie reconstruction en Allemand), soit réalise une réplique exacte des photographies prises soixante-dix ans plus tôt. Par le brouillage des temporalités, l'artiste manipule l'histoire des collections et questionne le devenir des images et de l'institution au regard de la reconstruction actuelle du musée. Cette oeuvre peut être également comprise comme une tentative absurde de remonter le temps afin de corriger l'histoire.