« Mes installations dessinent des paysages imaginaires et fragmentés. Quand j'y introduis un objet celui-ci vient rappeler le monde dont il est extrait, comme un fragment il en est une version explosée ». L'univers de Martin Boyce est hétérogène car il utilise des fragments de référence : architecture, design, cinéma, littérature écossaise, poésie japonaise... Les formes manifestent de manière imparfaite leur contenu et sont des fantômes de signification. L'artiste utilise également le fragment dans ses potentialités formelles ; il récrée une table de ping pong en béton sur laquelle s'agglomèrent des facettes comme autant de points de vue réunis en un même objet.
Les arbres en béton de Joël et Jan Martel, réalisés en 1925 pour l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris, sont des leitmotivs dans l'oeuvre de Boyce : répliques (« Electric trees and telephone booth », 2006), écho formel (« We are still and reflective », 2007). L'artiste voit ces objets comme un « collapse » parfait entre architecture et nature. Ces sculptures - arbres, barrières, grilles d'aération, signes - telles des idées de décors - parsèment l'espace d'exposition devenu scène.
Alors que les formes et les matériaux issus du répertoire moderniste étaient conçus pour être fonctionnels, Martin Boyce les utilise moins comme des objets de représentation que comme des objets de sensation et d'état d'âme. Les titres - fragments de poèmes, de chansons pop, de slogans - sont des manières de peupler les installations et de poétiser le réel.
Martin Boyce est né en 1967 à Glasgow en Ecosse, où il vit et travaille.

Our love is like the Flowers, the Rain, the Sea and the Hours - Martin Boyce - 2003
Installation (trois arbres en néon, un banc et une corbeille)
Dans l'installation « Our Love is like the Flowers, the Rain, the Sea and the Hours », Martin Boyce distille des éléments familiers du jardin public - arbres, poubelle, banc - dans un jeu complexe de description d'un espace social et d'abstraction d'un espace du rêve. Les arbres, unique source de lumière de l'espace d'exposition, produisent leur environnement. Ces sculptures - véritables idées de décor - sont assez auratiques pour suggérer par le détail une atmosphère, un paysage, un film.
Cette vision nocturne est ambivalente, entre la beauté poétique et la menace potentielle d'un parc la nuit, à l'image du pastel de William Degouve de Nuncques « Nocturne au parc royal de Bruxelles » (Orsay, 1897, cf. Lien). La vision romantique de la nature se mélange aux idées modernistes d'optimisme et d'égalité. Cependant, il s'en dégage une forme d'anxiété noire ou de paranoïa.
L'espace perçu ne peut être localisé dans un réel certain, il est plus de l'ordre d'un sensitif propre à l'imaginaire de chacun. Le spectateur, par son regard et sa déambulation, produit le paysage. L'espace physique de la sculpture devient l'espace psychologique et émotionnel du flâneur. La sculpture va bien au-delà du visible et de la matière aspirant « à générer un état émotionnel plus qu'un programme théorique » selon l'artiste.