Né à Leningrad en 1966, Pavel Wolberg a émigré en Israël en 1973 et a étudié la photographie à la Camera Obscura School of Art à Tel Aviv. Après l'obtention de son diplôme, il a poursuivit parallèlement deux carrières : d'une part photoreporter pour la presse, et artiste d'autre part. Son travail reflète cette dualité, que l'on retrouve au centre d'un certain nombre de pratiques photographiques contemporaines. A l'instar d'artistes tels que Wolfgang Tillmans, Wolberg brouille les frontières entre la photographie dite artistique, le reportage et la photographie de mode.
Vivant au coeur d'un théâtre de conflits, Pavel Wolberg enregistre les tensions, les absurdités et les insécurités de la vie quotidienne, à la fois en Israël et dans les territoires occupés. Son travail (re)présente notre époque complexe et, même si elles sont relatives à la situation en Israël, ses images révèlent les incongruités de manière universelle.
Pavel Wolberg est né en 1966 à Leningrad, URSS. Il vit et travaille à Tel Aviv.

Untitled - Pavel Wolberg - 2004
Photographie couleur, 50 x 70 cm, édition de 3
Une petite fille colon, déguisée en mariée pour Purim, se tient dans une rue de Hebron, attendant peut-être que ses parents ou d'autres enfants la rejoignent. A l'arrière-plan, trois soldats scrutent les immeubles et les toits pour détecter toute menace. Dos aux soldats, la petite fille n'accorde aucune importance à ce qui l'entoure. Son regard est dirigé hors champ, sa grimace marque une certaine inattention. Les soldats ne semblent pas non plus protéger l'enfant, leurs regards et leurs armes sont braqués dans des directions différentes. Deux des soldats semblent regarder l'objectif, ce qui rappelle l'image à la réalité.
On retrouve dans cette photographie, comme dans celle avec le petit garçon déguisé, une tension palpable et la représentation contradictoire de deux réalités, celle de la guerre et celle d'une enfance innocente. De plus, dans les deux photographies, la présence du déguisement peut suggérer une dualité et un travestissement des sentiments. Ces images sont violentes, mais tranchent avec l'archétype du reportage de guerre, quand on pense notamment aux terribles images d'enfants durant la guerre du Vietnam comme celle, emblématique, de Kim Phuc.
Pavel Wolberg observe les incongruités de la vie en Israël, où poursuivre une vie « normale » peut créer des situations absurdes.

Untitled - Pavel Wolberg - 2004
Photographie couleur, 70 x 50 cm, édition de 3
Un enfant déguisé en poulet marche dans la rue ; il se rend ou vient d'une fête, et porte un sac de friandises. A l'arrière-plan, un soldat israélien se protège derrière un bloc de béton, contre les attaques palestiniennes.
L'ambiguïté de cette image réside dans les sentiments opposés qu'elle véhicule. L'enfant semble inconscient des risques qu'il court dans cette rue, tandis que le soldat est dans une position de surveillance défensive. Le fort contraste chromatique, entre la tonalité générale grise et le costume vif de l'enfant, souligne l'opposition dans les attitudes adoptées par les protagonistes. A l'image de la pratique de Wolberg, on retrouve ici la tension entre une image documentaire et une construction esthétique.
L'indifférence de l'enfant questionne violemment la notion de normalité : pour un enfant en Israël, de telles scènes peuvent-elles sembler « normales » ? Cette superposition de deux réalités contradictoires rend l'image perturbante, un peu à l'image de la série « Bringing the War Home », des collages réalisés par Martha Rosler dans les années 1960 : en introduisant la violence dans le quotidien, elle produisait une critique acerbe de la banalisation de la guerre.