Raphael Zarka se présente comme sculpteur et comme artiste-collectionneur. Il scrute le monde contemporain pour faire une généalogie des formes géométriques. Ses photos d'objets ou de constructions en béton trouvées dans la nature et sans fonctions apparentes sont comme des formes géométriques devenues sculptures involontaires.
Il remarque la permanence des « polyèdres » de Platon (formes géométriques spéculatives) matérialisés dans des brise-lames en béton (Série "Les formes du repos"). Son travail souligne que la « survivance des formes » (Warburg) se réalise dans le monde contemporain sous le prisme du fonctionnel et du béton. Si l'artiste agit en curieux à l'image des humanistes de la Renaissance dans leur studiolo (« Studiolo », 2008), c'est en adoptant une structure de pensée où sont bannies les dichotomies et les frontières méthodologiques de l'histoire de l'art.
L'artiste a entamé une réflexion théorique sur les pratiques urbaines du skateboard par la publication d'essais et la réalisation de projets artistiques. Dans « Riding modern art »
(Biennale de Lyon, 2007), il confronte des photographies de skateurs performant sur des sculptures avec une sculpture de Catharina Cobrow. La confrontation souligne que le mouvement est soit une potentialité esthétique dans la sculpture moderne, soit une réalisation mécanique dans le skate.
« C'est presque insulter les formes du monde de penser que nous pouvons inventer quelque chose ou que nous ayons même besoin d'inventer quoi que ce soit » : l'artiste a fait sa devise de cette citation de Borgès.
Raphaël Zarka est né en 1977 à Montpellier. Il vit et travaille à Paris.
Raphaël Zarka. 2003. Edition F7, Paris.
Raphaël Zarka 2006. Edition F7, Paris.

Forme du Repos#3 - Raphaël Zarka - 2001
Photographie, Tirage Lambda (80x53cm)
Cette photographie semble en attente de signification, elle évoque des éléments plus ou moins connus sans pour autant s'y confondre totalement : échangeur autoroutier, pont, pylone électrique... C'est en fait la fin du rail de l'Aérotrain, véhicule sur coussin d'air inventé par Jean Bertin dans les années 70, qui fonctionne comme « un fossile du mouvement à l'échelle du paysage », selon le mot de l'artiste. Ce lieu fragmentaire est un espace de mise en mouvement physique. Il met aussi en mouvement l'imaginaire du spectateur. La Série «
Les formes du repos », est une collection photographique d'objets géométriques en béton, isolés dans des lieux vagues, à l'écart ou en attente. Le document photographique permet de rendre compte de ces « sculptures involontaires ». Les formes géométriques épurées (modernistes ou futuristes) entrent en tension avec le décor (un champ, quelques bâtiments à l'horizon). Cette photographie est charnière dans la série, car le rail n'est plus un objet mais un espace. Le point de prise de vue met en valeur son caractère fragmentaire, le rail ne mène qu'au vide du décor. Au constat d'une fonctionnalité perdue, l'artiste accompagné de Vincent Lamouroux a conçu dans le projet «
Pentacycle » (véhicule mono terrain, 2002) réactivant le déplacement sur cette ruine.

Billes de sharp n° 5 / 7 / 8 - Raphaël Zarka - 2008
Poutres en chêne, pyrogravure, 30 x 30 x 60 cm; 30 x 30 x 120 cm; 30 x 30 x 180 cm
C'est à Oxford que Raphaël Zarka découvre les manuscrits scientifiques d'Abraham Sharp, un astronome anglais du 18ème siècle dont l'ouvrage « Geometry Improved» fut pour Raphaël le sujet d'un nouvel ensemble de photos et de sculptures.
Sharp y dessine une infinité de combinaisons possibles permettant de réaliser des polyèdres à partir d'un cube de bois - la figure la plus complexe permet de réaliser une forme parfaite de 120 facettes. Les études de Sharp ont donc abouti dans ce manuscrit, mais n'avait pas de fonction en soi. Sharp, comme l'artiste obsédé par ces formes pures, crée des objets esthétiques, des sculptures géométriques.
En reproduisant les dessins de Sharp par un procédé de pyrogravure sur des poutres de chêne, Raphaël Zarka semble vouloir vérifier les théories du scientifique. Mais l'artiste s'arrêtera à mi-chemin, il donnera le tracé sur la forme brute au spectateur qui n'aura qu'un pas de plus à franchir pour obtenir un polyèdre parfait. Place à l'imagination ou peut-être au temps qui pourrait finir par suivre les tracés pour mieux fendre le bois.
Contrairement à certaines oeuvres de Raphaël, il ne s'agit pas de réplique ou de reproduction mais plutôt d'une application, d'une réalisation qui, bien qu'incomplète, semble avoir fait naître quelque chose.
Oeuvre à la fois énigmatique, discrète bien qu'imposante par sa taille, les deux photographies de l'ouvrage « Geometry Improved » peuvent compléter l'ensemble.
L'oeuvre a été présentée à l'exposition "L'anomalie d'Ararat" à Châtillon-sur-Marne en 2008. Elle a ensuite été exposée au Printemps de Septembre à Toulouse en 2008 et dans son exposition personnelle "Geometry Improved" au Museum of Modern Art d'Oxford en 2009.