Dominique Petitgand réalise des pièces sonores. « Je ne peux pas faire entendre le monde dans son entier. Seulement ce qui est en mouvement, en action, animé, agité ou touché. Pour rendre la présence d'un arbre, il me faut du vent ou bien une parole qui dit : « arbre » (toujours sur le mode indirect) », développe l'artiste dans « L'autre moitié » (« Les pièces manquantes »). Des écumes de conversations enregistrées sont assemblées par montage, fondues avec les blancs des dialogues, les fonds sonores (bruits environnementaux, corporels), et de la musique. Dans certaines oeuvres plus abstraites comme les « Exhalaisons », l'humain devient un fragment réduit à un bruit de bouche ou de respiration, il reste une présence.
L'artiste utilise différents modes d'écoute en fonction du contexte de monstration, de la diffusion domestique (disques, livres) à la diffusion publique (concerts, installations). Le son n'a pas de limite dans sa propagation dans l'espace, alors que l'image ne peut exister que limitée par son cadre. Les oeuvres de Petitgand épousent les contraintes de l'architecture pour mieux se déployer dans l'espace.
Les oeuvres sonores de Petitgand sont des organisations de sensations et d'affects qui produisent des altérations sur le spectateur. Ce dernier est immergé dans un environnement par les différentes sources d'émissions des phénomènes d'échos ; il ne peut échapper aux sons.
Dominique Petitgand est né en 1965 à Laxou.
Il vit et travaille à Paris.
- « Notes, voix, entretiens / Notes, voices, interviews ». Textes de Dominique Petitgand, Guillaume Désanges, François Piron, Dominique A, Claude Lévêque, Loïc Touzé. 2003. Co-édition Les Laboratoires d'Aubervilliers / Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris.
- « Les pièces manquantes (The missing pieces) » Dominique Petitgand. 2007. Edition EMBA / Galerie Manet, Gennevilliers.

Le bout de la langue - Dominique Petitgand - 2003
Installation sonore pour 1 haut-parleur
Des bribes de phrases sont prononcées par une femme. Par un mixage rigoureux, l'artiste crée des attentes par les silences, des rythmes par les répétitions, des ellipses temporelles par les notes de musique. L'enregistrement est diffusé par un haut parleur posé sur un socle, qui confère à l'ensemble un statut anthropomorphique qui n'est pas sans rappeler « Box with the sound of its own making » de Robert Morris.
« C'est pour moi une pièce emblématique, « Le bout de la langue » pourrait d'ailleurs être le titre générique d'une grande partie de mon travail. A priori [...] tout est évident : le processus mental en route, la parole prise au piège par le dysfonctionnement de la mémoire ». (« Notes, voix, entretiens » page 97). Cette oeuvre métalinguistique interroge le langage dans sa relation à la mémoire (le trou et la perte) à travers des expressions figées « Tu vois pas, je ne sais plus [...] je l'ai sur le bout de la langue et ça m'énerve [...] tu vois pas ce que je veux dire ». La densité des silences marque les failles de la mémoire ; la voix ne peut que se taire.
Les personnages de Petitgand passent leur temps à tenter d'inventorier, de classer, d'ordonner. Entre soliloque et monologue, les séquences parlées réintroduisent une certaine communication avec le spectateur qui peut être impliqué émotionnellement ou stimulé dans son imagination.