Dans chacun de ses autoportraits, Fabrice Hyber (nom dont il a supprimé le [t] le premier mai 2004) se montre insaisissable. Que se soit à travers la photographie «
» (1987, collection particulière) où il nous regarde, la tête à l'envers, pendu par un pied ; ou bien dans «
» (1991), matière qui par définition glisse des mains, formant un objet incernable. Avant de lancer : « je suis un extraterrestre ! ». « L'affirmation du jeu, des glissements est la seule puissance capable d'assimiler les intégrismes. Les échanges, le commerce, l'image, la poésie sont des moyens de l'osmose. C'est par eux que peu à peu se mettent en place tous les moyens de multiplier la vie au-delà de la mort. Il est nécessaire de mixer le temps, revaloriser les produits, concevoir que les oeuvres meurent pour être assimilées puis revisitées. Une oeuvre n'est absolument pas prémonitoire mais toujours d'ici » selon Fabrice Hyber dans un entretien avec Thierry Laurent intitulé « Il est interdit de mourir ». Voici quelques mots de son vocabulaire, qui tend à rendre complice tous les domaines de savoir : « Le mètre carré de rouge à lèvre » (1981), « peintures homéopathiques » (1986-1988), « Entreprise UR (Unlimited Responsibility) » (1994-2005), « Hybertmarché » (Mam de Paris, 1995), « Eau dort, eau d'or, odor » (Biennale de Venise, 1997) « POF » (à partir de 1998), « Ted Hybert » (1998), « Artère » (La Vilette, 2006) etc.
Fabrice Hyber est né en 1961 à Luçon, France.
Il vit et travaille à Paris.

Cellman - Fabrice Hyber - 2003
Peinture à l'huile et collage sur papier
Les oeuvres de Fabrice Hyber, en convoquant une esthétique du bricolage, permettent le développement d'une pensée en remous, où s'origine le projet. Dans une affinité d'esprit avec Raymond Hains, image et écriture s'entremêlent. Les dessins et schémas, comme par exemple dans la série des « Peintures homéopathiques » (collages recouverts de résine transparente, 1986-1988), sont visuellement et conceptuellement efficaces, alors qu'ils semblent rapidement réalisés. Dans «
Cellman », un processus de réflexion se met visuellement en marche ; en bas à droite, les galets collés et les flèches penser à des ricochets ou à des mouvements de pensée. Ce type récurrent de silhouette humaine pourrait fonctionner comme le personnage principal du monde théâtral d'Hyber. Cet humain joue dans certaines peintures à l'huile, dans les « peintures homéopathiques », et surtout dans les aines «
L'homme de Bessines » (bronze enduit d'epoxy, commande publique, erses locations, 1990). L'artiste, en utilisant l'écriture comme moteur d'associations formelles et sémantiques (« galet, galette, cellman, bulle, cellule »), rappelle de manière imagée que le corps est un assemblage de cellules. De même que dans «
Artère, le jardin des dessins » (monument commémoratif et informatif commandé par Sidaction, Parc de la Vilette, Paris), l'artiste appréhende le fonctionnement de l'organisme par le schéma, et non plus par la dissection ou autre technique de radiographie.